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Belgrad

Ein Briefwechsel von Frédéric Ciriez und Sascha Reh.
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  • Cher Frédéric,

    Nous avons passé quelques jours ensemble à Belgrade sans nous être jamais rencontrés auparavant ni savoir ce que nous faisions là. Bien sûr, nous étions invités à une sorte de lecture dans un centre culturel du nom de « KC Grad » mais, premièrement, nous n’avons finalement pas lu une seule ligne, et deuxièmement, je rechigne à parler de la lecture (pour peu qu’elle ait eu lieu) comme d’une pratique au sens d’une action constituant une intervention sur l’état du monde matériel. Nos façons de voir divergent peut-être déjà sur ce genre de ratiocination, ce qui serait dommage, car après tout, il n’est probablement pas si important que cela de définir dans quel sens lire est ou n’est pas une pratique – ce qui dépend probablement même de la langue dans laquelle on ratiocine sur le sujet.
    Je ne sais donc pas pourquoi nous avons passé quelques jours là-bas. Je ne sais pas non plus pourquoi je t’écris. Il pourrait s’agir dans les deux cas d’une figure de rhétorique, j’en viendrais d’ailleurs presque à l’espérer. Bien sûr qu’une raison me pousse à t’écrire, probablement même toute une série de raisons. Avant tout, je t’écris sans doute pour tenter de donner un sens à notre expérience belgradoise. Je n’affirmerai pas que sans une telle tentative, notre séjour serait complètement absurde ; mon sens de la bienséance me suggère que cela équivaudrait à offenser les personnes qui nous ont invités. On pourrait appliquer toute une série d’étiquettes faisant sens à ce séjour belgradois de trois jours pour moi, presque quatre pour toi, dont, comme toujours, la grande majorité me sont inconnues. On pourrait parler de voyage d’études, d’échange culturel, de rencontre franco-allemande en territoire périphérique, de répartition de subventions avant consolidation du budget annuel, de congés payés. En fin de compte, tu sauras probablement aussi peu que moi lesquelles sont les plus pertinentes.

    Mais je repose ma question : quel a été le sens de ce voyage ? Car en évoquer l’occasion ou le cadre conceptuel ne me conduit pas à voir une différence entre l’avant et l’après.

    Les photos que j’ai prises avec mon téléphone durant notre séjour à Belgrade vont rejoindre les quelque 16 500 fichiers photo qui se trouvent actuellement sur le disque dur de mon ordinateur portable. J’aurai bientôt oublié ces photos, à moins que je ne les redécouvre au hasard en parcourant mes dossiers, comme autant de témoignages d’évènements passés. Mais ces photos ne constituent pas le sens du voyage, et leur histoire annoncée ne m’aide pas à résoudre mon problème : ce n’est pas à elle que je pense lorsque je m’interroge (et t’interroge également toi, à présent) sur le sens de notre présence là-bas.

    Belgrade, ainsi que me l’a appris notre visite guidée de la ville, a été détruite 27 fois totalement et 41 fois partiellement (je me demande toutefois si chaque destruction partielle n’est pas déjà comprise dans une destruction totale – si on ne devrait pas plutôt, par souci d’exactitude, parler de 14 destructions partielles au lieu de 41). Ces destructions ont modifié durablement la ville, supposé-je. A-t-elle été modifiée par notre présence ? Bien sûr que non, répondras-tu peut-être, à moins que tu ne m’offres, après réflexion, un « bien sûr que oui ». Après tout, le battement d’ailes d’un papillon peut lui aussi changer le cours de l’Histoire. D’un autre côté, personne ne visite une ville pour la modifier, à l’exception de certains envahisseurs français ou allemands.

    © Sascha Reh

    Quel est mon problème avec le sens ? En ai-je seulement un ? Deux choses ont changé depuis ce voyage : premièrement, il y a maintenant des souvenirs là où, avant, il n’y en avait pas, deuxièmement, nous écrivons à leur propos (enfin, à vrai dire, pour l’instant moi seul écris, mais j’espère que tu le feras aussi). C’est-à-dire : nous faisons quelque chose de ce qu’auparavant nous ne connaissions pas. Personne ne nous a dicté ce que cela doit être. Personne ne nous a dit : percez les mystères de l’âme serbe en livrant un compte rendu détaillé de vos expériences dans les boîtes de nuit de la ville. Ou : livrez une contribution aussi subtile qu’originale à la réhabilitation de la réputation de la Serbie. Ou encore : suivez les traces de Duško Popov, ami de Ian Fleming qui lui a probablement inspiré le personnage de James Bond. Nous avons eu la chance de passer quelques jours à Belgrade, et maintenant nous avons la chance de nous demander quelle est la signification de ce séjour. Toutes les réponses sont permises, bien sûr. C’est ça qui est terrible. Cette consigne est soit d’une terrible banalité, soit d’une profondeur quasi métaphysique. Lire est un acte. Ou pas.

    Lieber Frédéric,

    wir waren gemeinsam in Belgrad, ohne uns zuvor gekannt zu haben oder zu wissen, was es dort für uns zu tun gibt. Natürlich, es gab eine Art Lesung in einem Kulturzentrum namens „KC Grad“, zu der wir eingeladen waren, aber erstens haben wir dort letztlich keine Zeile gelesen, und zweitens scheue ich mich, vom bloßen Lesen, wenn es denn stattgefunden hätte, als einer Tätigkeit zu sprechen, also einem praktischen Akt, mit dem wir in den Zustand der materiellen Welt eingreifen. Möglicherweise gehen an dieser Haarspalterei unsere Sichtweisen schon auseinander, was schade wäre, denn letztlich ist es vermutlich nicht so wichtig, in welchem Sinne Lesen eine Tätigkeit ist oder nicht, und hängt vermutlich sogar von der Sprache ab, in der man darüber räsoniert.

    Warum wir also dort gewesen sind, weiß ich nicht. Ich weiß auch nicht, warum ich Dir schreibe. Beides könnte eine Floskel sein, fast hoffe ich es sogar. Natürlich wird es einen Grund dafür geben, dass ich Dir schreibe, vermutlich sogar eine ganze Reihe von Gründen. In erster Linie schreibe ich Dir wohl in dem Versuch, dem in Belgrad von uns Erlebten einen Sinn zu geben. Ich will nicht behaupten, unser Aufenthalt dort wäre ohne einen solchen Versuch sinnlos; mein Höflichkeitssinn warnt mich, dass dies letztlich einer Beleidigung derer gleichkäme, die uns einluden. Eine ganze Reihe von Sinnzuschreibungen ließen sich auf den für mich drei- und für Dich fast viertägigen Belgrad-Aufenthalt anwenden, von denen ich, wie üblich, die überwältigende Mehrheit nicht kenne. Studienreise, könnte man sagen, kultureller Austausch, deutschfranzösische Begegnung auf peripherem Boden, Umverteilung von Fördermitteln kurz vor Konsolidierung des Haushaltsjahres, bezahlter Urlaub. Letztlich wirst Du vermutlich genauso wenig wie ich wissen, was davon mehr und was weniger zutrifft.

    Was aber, so frage ich erneut, war der Sinn? Den Anlass oder begrifflichen Rahmen hinzuschreiben, führt mich noch nicht dazu, einen Unterschied zwischen davor und danach zu sehen.

    Die Fotos, die ich während unseres Aufenthaltes in Belgrad auf meinem Telefon gespeichert habe, werden sich zu den etwa 16500 Bilddateien gesellen, die sich derzeit auf der Festplatte meines Laptops befinden. Sehr bald schon werde ich die Aufnahmen vergessen haben, es sei denn, ich entdecke sie bei zufälligem Stöbern wieder als Zeugnisse zurückliegender Ereignisse. Diese Fotos waren weder der Sinn der Reise, noch hilft mir ihre prognostizierte Geschichte bei der Lösung meines Problems: Sie ist nicht das, was ich meine, wenn ich mich (und nun auch Dich) nach dem Sinn unseres Dortseins frage.

    Belgrad, so habe ich bei unserer Stadtführung erfahren, sei in seiner Geschichte 27 mal komplett und 41 mal teilweise zerstört worden (wobei ich mich frage, ob eine Teilzerstörung nicht schon vollumfänglich in der Komplettzerstörung enthalten ist und man somit korrekterweise von 14 statt 41 Teilzerstörungen reden müsste). Durch so eine Zerstörung wird eine Stadt recht nachhaltig verändert, möchte ich meinen. Wurde sie durch unsere Anwesenheit verändert? Natürlich nicht, wirst Du vielleicht antworten, oder Dich auf ein kleines „Natürlich doch“ besinnen. Schließlich können auch Schmetterlingsflügelschläge den Lauf der Weltgeschichte ändern. Andererseits besucht kein Mensch Städte, um sie zu verändern, ausgenommen manche französischen oder deutschen Invasoren.

    © Sascha Reh

    Was ist mein Problem mit dem Sinn? Habe ich überhaupt eins? Zwei Dinge sind nach der Reise anders als vorher: erstens gibt es jetzt Erinnerungen, wo vorher keine waren, und zweitens schreiben wir darüber (genaugenommen schreibe nur ich und hoffe, dass du es auch tun wirst). Das heißt: Wir machen etwas aus dem, was wir vorher nicht kannten. Niemand hat uns vorgeschrieben, was das zu sein hat. Niemand hat gesagt: Enträtselt die serbische Volksseele durch ausschweifende Ergebnisprotokolle aus Belgrader Nachtklubs. Oder: Leistet einen subtil-originellen Beitrag zur Rehabilitierung des serbischen Ansehens. Oder: begebt Euch auf die Spuren von Duško Popov, dem Freund Ian Flemings und mutmaßliches Realvorbild für James Bond. Wir durften einige Tage lang Belgrad erleben, und nun dürfen wir uns obendrein fragen, was es bedeutet. Alle Antworten sind erlaubt, natürlich. Das ist ja das furchtbare. Die Aufgabestellung ist entweder von frivoler Banalität oder von tiefgründigem Erkenntniswert. Lesen ist entweder ein Tun oder nicht.

  • Cher Sascha,

    Je te lis et te sens troublé par ces quelques jours passés à Belgrade. L’essentiel de ton interrogation se concentre sur le sens de notre présence dans une ville où le subtil entremetteur littéraire Thorsten Dönges nous a invités par l’intermédiaire du ministère des affaires étrangères allemand, toi, écrivain d’outre-Rhin, moi écrivain français. Je partage ton trouble, l’étrangeté d’un séjour éphémère dans une ville en difficulté qui cherche à rétablir son honneur et à renaître de ses cendres, notre logement dans un palace local que la plupart des Belgradois ne pourraient s’offrir (ou alors seulement pour y manger une part de tarte dans le salon de thé, près du piano enchanté…), la béance effectivement ouverte par un avant et un après de ce court déplacement. Et puis des souvenirs, déjà, pour reprendre ta simple et puissante image…

    Café de l’hôtel, © Sascha Reh

    Ton trouble me touche d’autant plus que j’essaierai de lui donner une profondeur historique. Tout d’abord, les écrivains, surtout français, supportent en général mal les voyages organisés. Avant de partir, je songeais au livre de François Dufay, Le Voyage d’automne, qui relate le déplacement « culturel » en Allemagne, en octobre 1941, à l’invitation de Goebbels, de quelques écrivains français fascisants, dont Drieu La Rochelle et Robert Brasillach, afin d’acquiescer « littérairement » au nouvel ordre européen d’Hitler… Puis au pathétique voyage dans la Chine maoïste de Roland Barthes et Philippe Sollers en 1974… Heureusement, en décembre 2017, nul programme politique à valider à Belgrade. Il n’y avait, sur un mode délicieusement informel, que toi et moi, plus Thorsten Donges et la pétillante Bojana Denic, maîtresse de cérémonie bouleversée par le destin de son pays, hantée par le sentiment de l’irréversible. « Yugoslavia is over forever », m’a-t-elle ainsi confié dans la nuit glacée balayée par la neige, pour clôturer notre samedi soir dans la capitale serbe.

    Sascha Reh, Thorsten Dönges et Frédéric Ciriez, © Sascha Reh

    N’hésitons pas à désigner la cocasserie de la situation : toi et moi venons d’un pays de vaincus et avons été amenés à nous rencontrer dans un autre pays de vaincus… France, Allemagne, Serbie : l’invitation avait la génialité de la ruse historique. La France a collaboré avec l’Allemagne nazie sous le régime de vichy, je ne l’apprends à personne (je l’espère) ; elle a aussi perdu la bataille de la langue et de la philosophie politique de la mondialisation, d’inspiration anglo-saxonne ; l’Allemagne est au cœur de la déroute européenne du XXe siècle en même temps qu’elle est aujourd’hui le centre de gravité du Vieux Continent (centre de gravité, c’est le cas de le dire, je ne sais pas si le jeu de mots fonctionne en Allemand) ; la Serbie souffre d’être désignée comme l’unique coupable de l’éclatement des Balkans et de l’épuration ethnique des Albanais du Kosovo. Le seul grand projet qui lui reste est de demander une intégration dans la CE auprès des puissances qui ont entériné la dislocation de l’ex-Yougoslavie, avec une population pas vraiment emballée à en croire les sondages… Bref, mon cher Sascha, même si la distance est courte entre Paris, Berlin et Belgrad, nous venons de loin. Alors autant ne pas bouder notre plaisir face à cette réunion improbable en terre serbe à laquelle nous n’aurions jamais songé il y a seulement quelques semaines.

    En 2013, j’avais été invité à Lyon au festival de philosophie Mode d’emploi afin de parler de la notion d’infra-politique à propos des Sapeurs congolais, ces dandys prolétariens noirs très présents à Paris sur lesquels j’ai écrit dans mon livre Mélo (Auf den Strassen von Paris dans la traduction allemande). Cette invitation m’avait étonné car je ne suis pas philosophe (les affects doivent avoir pris chez moi le pas sur les idées !) ; et puis, pour être franc, la notion d’infra-politique m’échappait alors, théorisée par l’anthropologue américain James Scott et définie, en gros, comme un faisceau de pratiques culturelles minuscules permettant de contourner et subvertir les normes sociales… Les Sapeurs congolais sont ainsi formidablement infra politiques au sens où leur pratique du dandysme devient le symptôme d’un art de vivre et d’une revendication existentielle post coloniale qui actualise et conteste une vieille esthétique européenne, basée sur le culte du moi, de l’apparence et de la dépense symbolique et matérielle (Georges Bataille n’est curieusement pas loin). Bref, l’excentricité des Sapeurs permet paradoxalement de comprendre une part de l’histoire européenne et sa métamorphose en un vaste supermarché d’illusions peuplé de sujets narcissiques aliénés au fétichisme des marques… Tout ceci pour me demander : ton angoisse, voire, pour reprendre ton expression, ton « problème » avec le sens en général et avec celui d’un séjour à Belgrade en particulier, remplissant éventuellement une micro-case budgétaire du ministère des affaires étrangères allemand, est-elle « infra politique » ? Je ne suis pas loin de le penser, et celle-ci t’honore, autant par sa franchise que par sa portée concrète : car effectivement, qu’avons-nous été faire à Belgrade, et quelle est donc cette pression du langage qui s’affole en nous pour mettre des mots sur l’expérience ?

    Mon cher Sascha, quel plaisir, donc, que tu me tendes une perche pour mettre à plat, au présent et sur un mode « infra politique », la notion de « voyage d’écrivains ». La politique nous dévore et la massivité du Sens – clichés et idéologies – nous exténue. Au printemps, j’ai écrit un texte de peu d’intérêt pour le journal TAZ, qui me demandait de parler des élections présidentielles françaises en 2017. J’ai voulu me montrer pédagogique pour le lectorat allemand et proposer un panorama des forces idéologiques en présence. J’ai eu tort. J’ai cédé au sens explicite, à l’ordre du discours et finalement à la platitude conceptuelle. J’aurais dû partir du souvenir de cet ouvrier de la Ruhr qui visitait Paris pour la première fois avec son fils, et avec lequel j’avais pris une bière, un soir d’été caniculaire. Il logeait dans un hôtel à 40 euros non loin de chez moi et d’un bistrot que je fréquente et m’avait dit soudainement, d’une voix tabagique et émue : « Les Français et les Allemands sont amis maintenant. » Dans l’éclat fugitif de ses mots gisait le sens de l’Europe (et indirectement d’une part des élections françaises), si la « construction européenne » en a un, de sens, au-delà de la rationalisation économique d’un continent de 500 000 millions de consommateurs.
    D’une certaine manière, ta lettre, destinée à être publique (le contraire serait dommage), m’a perturbé, en tout cas contraint à engager une relation épistolaire à laquelle je ne m’attendais pas. Et c’est très bien ainsi, quand bien même j’avais prévu la rédaction d’un texte d’une toute autre nature (infra politique, mais différemment…).

    J’ai aimé ce séjour à Belgrade (et « toute la série de questions qu’il pose »).
    J’ai aimé cette triple association du hasard, de la nécessité et de la fatalité.
    J’ai aimé ne rien décider (et en être responsable).
    J’ai aimé ta compagnie et celle de mes hôtes allemand et serbes.
    J’ai aimé les quatre saisons curieusement convoquées en un week-end en par la météo de Belgrade, et la nuit qui tombe à quatre heures sur les berges de la Save.
    J’ai aimé que nous pratiquions, toi, moi et le jeune romancier serbe Vladimir Tabašević, une sorte de dialogue de sourd à partir d’une même question simultanément traduite au casque au KC Grad, devant une poignée de personnes ayant bravé la neige pour nous écouter sur les quais.
    J’ai aimé ne pas pouvoir lire la traduction en serbe du passage d’un de mes livres et qu’on me dise que le travail accompli était remarquable (chère Olja Petronić, Frederik Sirije vous
    remercie).
    J’ai aimé ne rien lire en public dans le cadre d’une lecture publique.
    J’ai aimé éprouver l’indécidabilité du climat politique de la ville, découvrir sur le mode de l’effroi, devant le parlement, les panneaux géants couverts de photos de Serbes disparus au Kosovo et réclamant des comptes à l’ONU, avec cette revendication implicite (ce désespoir) : « Communauté internationale, nous ne sommes pas les seuls coupables. »
    J’ai aimé croisé le chemin d’Aleksandar, l’éditeur des éditions Béograd, dont je ne pouvais savoir qu’il publiait les livres personnels de mon propre éditeur français, Yves Pagès, devenu « Yv Pazès » en serbe.
    J’ai aimé m’interroger sur la place du livre et de l’imprimé dans la société serbe.
    J’ai aimé observer le corps d’hommes et de femmes à la division sexuée tellement marquée, entre exhibition virile et sophistication extrême.
    J’ai aimé prendre conscience de notre ridicule lorsqu’un taxi nous a fait payer, à nous, trois fiers gaillards hommes de lettres pris dans une tempête de neige, quatre fois le prix pour une course de deux kilomètres (notre « présence » à Belgrade n’a guère modifié le sens sa vie, seulement peut-être son pouvoir d’achat…).
    J’ai aimé la dialectique urbaine entre la monumentalité post soviétique des édifices et des avenues et les centaines de tavernes qui s’illuminent à la nuit tombée, comme une réappropriation de la puissance privée sur la sévérité architecturale de l’ordre politique.
    J’ai aimé voir N.P. 1977, l’œuvre vidéo de Neša Paripović, au musée d’art contemporain (un homme marche dans Belgrade, à la fois déterminé et indifférent, et que rien n’arrête, malgré les obstacles qu’il s’assigne…).
    J’ai aimé sa liberté vaine, qui est aussi la nôtre.
    J’ai aimé la générosité de ceux qui nous ont accueillis et qui s’accumulent en nous autant que nous nous accumulons en eux, peut-être.

    Voilà. J’ai été bien bavard pour essayer de répondre à tes doutes.
    Si le fourmillement infra politique du réel t’intéresse, n’hésite pas à me dire ce qui t’a fait signe à Belgrade. J’en ferai de même. Et puis nous nous tairons. Et puis nous aurons écrit « quelque chose » et remplit le contrat du voyage. Et puis nous nous reverrons à Paris, à Berlin ou ailleurs. A Belgrade, de nouveau ?

    D’ici là, je te souhaite mes meilleurs vœux pour l’année à venir.

    Frédéric

    Lieber Sascha,

    Deinem Brief entnehme ich, dass Dich die Tage in Belgrad aufgewühlt haben. Vor allem fragst Du Dich, was der Sinn unserer Anwesenheit in dieser Stadt gewesen sein soll, in die uns der feinsinnige, literarische „Verkuppler“ Thorsten Dönges eingeladen hatte, mit Hilfe des Auswärtigen Amtes: Dich, den Schriftsteller von jenseits des Rheins und mich, den französischen Schriftsteller. Mir ergeht es wie Dir: merkwürdig, ein so flüchtiger Aufenthalt in einer Stadt, die schwer zu kämpfen hat, die um ihre Rehabilitierung bemüht ist und immer noch versucht, aus der Asche aufzuerstehen; merkwürdig, in einem Luxushotel untergebracht zu sein, den die wenigsten Belgrader sich leisten können (oder nur, um dort ein Stück Kuchen im Café zu verspeisen, neben dem verzauberten Klavier …); merkwürdige Kluft auch, die sich auftut zwischen dem Davor und dem Danach dieser kurzen Reise. Und ja, es gibt jetzt Erinnerungen, wo vorher keine waren, um Dein einfaches und starkes Bild aufzugreifen …

    Café des Hotels, © Sascha Reh

    Dass Dich unsere Reise so aufgewühlt hat, berührt mich sehr, denn ich messe dem Ganzen eine historische Tiefe bei. Zunächst einmal finden Schriftsteller, zumal französische Schriftsteller, organisierte Reisen in der Regel unerträglich. Ich musste im Vorfeld unserer Reise an das Buch Le Voyage d’automne[1] von François Dufay denken. Es geht darin um den „kulturellen“ Deutschlandbesuch faschistischer oder faschistoider französischer Schriftsteller wie Drieu La Rochelle oder Robert Brasillach, die im Oktober 1941 auf Einladung Goebbels das Land kennenlernen und die neue, europäische Ordnung Hitlers „literarisch“ unterstützen sollten. Und dann ist da noch die jämmerliche Reise von Roland Barthes und Philippe Sollers, die 1974 das maoistische China besuchten … Zum Glück ging es bei unserer Belgradreise im Dezember 2017 nicht um ein politisches Programm. Auf wunderbar informelle Weise gab es nur Dich und mich, Thorsten Dönges und die spritzige Bojana Denić, unsere Zeremonienmeisterin, der das Schicksal ihres Landes nahe geht und der die Unumkehrbarkeit des Prozesses keine Ruhe lässt. „Yugoslavia is over forever“, hat sie mir am Ende unseres Samstagabends in der serbischen Hauptstadt anvertraut, in dieser eisigen Nacht mitten im Schneetreiben.

    Sascha Reh, Thorsten Dönges und Frédéric Ciriez, © Sascha Reh

    Die ganze Situation verdient es, kurios genannt zu werden: Du und ich kommen aus besiegten Ländern und fahren in ein besiegtes Land … Frankreich, Deutschland, Serbien: Als hätte uns die Geschichte mit dieser – genial erdachten – Einladung ein Schnippchen geschlagen. Frankreich hat unter dem Vichy-Regime mit Nazideutschland kollaboriert, das ist (hoffentlich) nichts Neues; es hat aber auch in der angelsächsisch geprägten Globalisierung den Kampf um Sprache und politische Philosophie verloren. Deutschland stand im Mittelpunkt des europäischen Zusammenbruchs des 20. Jahrhunderts; heute setzt es Schwerpunkte in der europäischen Politik (und erschwert damit so manches); Serbien leidet darunter, dass es allein verantwortlich sein soll für die Jugoslawienkriege und die ethnischen Säuberungen an den Kosovoalbanern. Das letzte, große Projekt, das Serbien bleibt, sind die Beitrittsverhandlungen mit der EU, deren Mitglieder damals den Zerfall Jugoslawiens gebilligt haben. Und die Bevölkerung ist, schenkt man den Umfragen Glauben, nicht wirklich begeistert von der Aussicht auf eine EU-Mitgliedschaft … Kurz und gut, mein lieber Sascha, es liegen nicht viele Kilometer zwischen Paris, Berlin und Belgrad, doch historisch betrachtet kommen wir von weit her. Warum sich also nicht freuen über dieses unwahrscheinliche Treffen auf serbischem Boden, an das wir vor nur wenigen Wochen nicht einmal im Traum gedacht hätten.

    2013 war ich zum Philosophiefestival Mode d’emploi[2] nach Lyon eingeladen und sollte dort am Beispiel der kongolesischen Sapeurs[3] über Infrapolitik sprechen. Sapeurs sind Schwarze proletarische Dandys, die in Paris sehr präsent sind und über die ich in meinem Buch Mélo geschrieben habe (Auf den Straßen von Paris in der deutschen Übersetzung). Die Einladung hat mich erstaunt, denn ich bin kein Philosoph (die Affekte müssen bei mir die Oberhand über die Ideen gewonnen haben!); um ehrlich zu sein, hatte ich damals keine Ahnung, was Infrapolitik sein sollte. Von dem US-amerikanischen Anthropologen James Scott in die wissenschaftliche Diskussion eingebracht, bezeichnet der Begriff, grob gesagt, ein ganzes Bündel „kleinster“ kultureller Praktiken, mit denen die sozialen Normen der Mehrheitsgesellschaft umgangen und unterlaufen werden. Die kongolesischen Sapeurs sind auf phantastische Weise infrapolitisch, denn ihre Praxis des Dandyismus ist Ausdruck eines Lebensstils und erhebt einen postkolonialen, existentiellen Anspruch auf eine alte, europäische Ästhetik, die auf Ich-Kult, äußere Erscheinung und symbolische wie materielle Verausgabung basiert und die von den Sapeurs sowohl neu besetzt als auch infrage gestellt wird (man denkt interessanterweise sofort an Georges Bataille). Mit anderen Worten, die Exzentrizität der Sapeurs  erlaubt es paradoxerweise, einen Teil der europäischen Geschichte zu verstehen, ihre Verwandlung in einen gigantischen Supermarkt der Illusionen, der von narzisstischen, dem Markenfetischismus unterworfenen Subjekten bevölkert ist … All diese Erläuterungen nur, weil ich mich frage: Ist Dein Unwohlsein, oder sogar, ich zitiere Dich, Dein „Problem“ mit dem Sinn im allgemeinen und mit dem eines Aufenthalts in Belgrad im Besonderen (der vermutlich einer winzigen Zahl im Budget des Auswärtigen Amts entspricht) „infrapolitisch“? Ich bin geneigt zu denken: ja. Deine so aufrichtige und konkrete Sinnfrage ehrt Dich: Denn ja, was haben wir in Belgrad zu suchen gehabt, und was ist das für ein Druck der Sprache, die in uns panikartig Worte sucht für die Erfahrung?

    Mein lieber Sascha, ich bin also sehr froh, dass Du mir aus der Patsche und bei dem Versuch hilfst, die Idee der „Schriftstellerreise“ ins Hier und Heute zu ziehen und unter infrapolitischen Gesichtspunkten zu analysieren. Politik verschlingt uns, die Wucht des Sinns – Klischees und Ideologien – macht uns mürbe. Im Frühling sollte ich für die taz einen Artikel über die französischen Präsidentschaftswahlen schreiben. Ich wollte für die deutschen Leser pädagogisch sein und habe das Panorama der ideologischen Kräfte aufgezeigt, die aktuell am Wirken sind. Das war ein Fehler. Ich habe mich zu eindeutigen Sinnzuweisungen, zu diskursiver Ordnung und letztlich zu konzeptueller Verflachung verleiten lassen. Herausgekommen ist ein belangloser Text. Ich hätte stattdessen mit der Erinnerung an diesen Arbeiter aus dem Ruhrgebiet beginnen sollen, der mit seinem Sohn erstmals Paris besuchte, und mit dem ich ein Bier trank an einem brütend heißen, hochsommerlichen Abend. Er wohnte in einem 40-Euro-Hotel unweit meiner Wohnung und eines Cafés, in dem ich oft saß, und er hatte mit einer verrauchten und ergriffenen Stimme plötzlich gesagt: „Franzosen und Deutsche sind jetzt Freunde.“ Im flüchtigen Glanz seiner Worte lag der ganze Sinn von Europa (und – indirekt – teilweise auch der französischen Wahlen), sofern der „Aufbau Europas“ überhaupt einen Sinn hat jenseits der Rentabilisierung eines Kontinents von 500.000 Konsumenten.

    Auf eine Art hat mich Dein Brief, der zur Veröffentlichung bestimmt ist (alles andere wäre schade), ganz schön durcheinandergebracht. Auf jeden Fall hat er mich dazu gebracht, eine Korrespondenz zu beginnen, mit der ich nicht rechnete. Und das ist gut so, auch wenn ich eigentlich einen ganz anderen Text im Sinn hatte (infrapolitisch, aber auf andere Art)

     

    Ich mochte die in Belgrad verbrachten Tage (und mag „all die Fragen, die sie aufgeworfen haben“).

    Ich mochte diese „Dreifaltigkeit“ von Zufall, Notwendigkeit und Schicksal.

    Ich mochte es, nichts entscheiden zu müssen (und die Verantwortung dafür zu übernehmen).

    Ich mochte deine Gesellschaft und die meiner deutschen und serbischen Gastgeber.

    Ich mochte die vier Jahreszeiten, die sich erstaunlicherweise just an diesem Wochenende in Belgrad abwechselten, ich mochte es, dass es an den Ufern der Save schon um vier Uhr dunkelte.

    Ich mochte es, dass wir – Du, ich und der junge serbische Romancier Vladimir Tabašević – uns unterhielten, ohne uns zu verstehen, dank der durch Kopfhörer hindurch simultan übersetzten Fragen im KC Grad, vor einer Handvoll Zuhörer, die sich durch den Schnee zum Ufer der Save gekämpft hatten, um uns zu hören.

    Ich mochte es, dass ich die serbische Übersetzung einer Passage meines Buches nicht lesen konnte und dass man mir versicherte, die Übersetzerin hätte hervorragende Arbeit geleistet (liebe Olja Petronić, Frederik Sirije dankt Ihnen herzlich!).

    Ich mochte es, im Rahmen einer öffentlichen Lesung nichts öffentlich gelesen zu haben.

    Ich mochte die Unentschiedenheit des politischen Klimas in der Stadt, betrachtete mit Schrecken die riesigen Plakate vor dem Parlament mit Bildern der im Kosovo vermissten Serben. Die Plakate verlangten Rechenschaft von der UNO und vermittelten die implizite (und verzweifelte) Botschaft: „Internationale Gemeinschaft, wir sind nicht die einzigen Schuldigen.“

    Ich mochte es, Aleksandar getroffen zu haben, den Verleger des Beograd-Verlags, von dem ich nicht ahnte, dass er die (als Schriftsteller verfassten) Bücher meines französischen Verleger Yves Pagés herausbringt, der auf Serbisch Yv Pazès heißt.

    Ich mochte es, mir Gedanken über die Rolle des Buches, überhaupt der gedruckten Medien in der serbischen Gesellschaft Gedanken zu machen.

    Ich mochte es, die Körper der Männer und Frauen zu beobachten, die ihre Geschlechtszugehörigkeit so deutlich zur Schau stellten, einerseits durch demonstrative Männlichkeit, anderseits durch ausgeklügeltes Make-up.

    Ich mochte unsere Lächerlichkeit, als der Taxifahrer uns, drei stolzen, in einen Schneesturm geratenen Literaten, viermal den Preis abknöpfte, den er sonst für zwei Kilometer verlangt hätte (unsere „Anwesenheit“ in Belgrad hat wohl kaum den Sinn seines Lebens verändert, womöglich aber seine Kaufkraft).

    Ich mochte die urbane Dialektik zwischen postsowjetischer Monumentalität der Gebäude und Prachtstraßen und den hunderten Kneipen, die bei Anbruch der Nacht zu leuchten begannen, als seien sie die private Wiederaneignung der Macht über die architektonische Strenge einer politischen Ordnung.

    Ich mag es, im Museum für zeitgenössische Kunst N.P. 1977, das Video von Neša Paripović, gesehen zu haben (ein Mann streift durch Belgrad, gleichermaßen entschlossen wie gleichgültig, und nichts vermag ihn aufzuhalten, auch keines der Hindernisse, die er sich selbst in den Weg stellt …).

    Ich mochte seine vergebliche Freiheit, die auch unsere ist.

    Ich mochte die Großzügigkeit unserer Gastgeber, die sich in uns eingeprägt haben, so wie wir uns in sie eingeprägt haben, vielleicht.

    So. Ganz schön geschwätzig mein Versuch, auf Deine Fragen zu antworten.

    Falls das infrapolitische Gewimmel des Realen dich interessiert, sag mir unbedingt, was Dir dazu in Belgrad aufgefallen ist. Idem für mich. Und dann schweigen wir. Und dann haben wir „etwas“ geschrieben und unseren Vertrag erfüllt. Und dann sehen wir uns wieder, in Paris, Berlin oder anderswo. Vielleicht noch einmal in Belgrad

    Einstweilen wünsche ich Dir nur das Beste fürs kommende Jahr.

    Frédéric

    [1] Dt.: Die Herbstreise. Übersetzung Tobias Scheffel. Siedler 2001.
    [2] mode d’emploi: Gebrauchsanweisung. Man denkt sofort an das Buch von Georges Perec: La vie mode d’emploi: Dt. von Eugen Helmlé: Das Leben. Gebrauchsanweisung
    [3] nach dem umgangssprachlichen sape für Klamotten; auffällig und wie elegant gekleideter Mann in Afrika, dessen Auftreten in deutlichem Kontrast zu seinen Lebensumständen steht. Die Sapeurs entstanden als soziale Bewegung Mitte der 1970er Jahre in der kongolesischen Hauptstadt Brazzaville, als Protestierende gegen die Politik Joseph Mobutus durch formale Kleidung ausdrücken wollten, dass sie keine Rebellen und Unruhestifter waren. (vgl. Wikipedia)

  • Cher Frédéric,

    Je suis très heureux que tu aies répondu à ma lettre (la tienne n’est absolument pas bavarde, d’ailleurs) et que nous puissions échanger des idées sur différents thèmes, dont la définition commune serait peut-être, de mon point de vue, la vocation profonde de notre correspondance.

    Tu ouvres dans ta lettre des pistes fort intéressantes, que je vais m’efforcer de suivre. Évidemment, je ne saurais faire l’impasse sur le terme « infra-politique » qui apparaît dès les premières lignes et qui, contrairement à toi, m’était inconnu jusqu’alors. Il ne semble pas encore très répandu en Allemagne ; les quatre ou cinq premières occurrences sur Google renvoient à un chercheur allemand spécialiste des mouvements migratoires, Serhat Karakayali que, contrairement au concept lui-même, je connais depuis de nombreuses années ; nous sommes devenus amis durant nos études à Duisburg et avons même – consécutivement – eu une histoire d’amour avec la même femme. Il vit maintenant – quel hasard – à Berlin, où il donne des cours sur l’infra-politique à l’Université Humboldt – il aura fallu ce voyage sans raison véritable à Belgrade pour que je l’apprenne.

    Cette anecdote nous montre que ce genre de voyages – que nous autres écrivains voyons toujours d’un œil critique, ce n’est pas pour rien que nous sommes écrivains, nous sommes par nature individualistes – peut tout de même apporter quelque chose, dans la mesure où ils débouchent sur quelque chose que personne n’avait vu venir. Une idée qui me fait évidemment penser à un passage de L’homme sans qualités, de Robert Musil : « La troupe avance, les soldats marchant deux par deux ; on s’exerce à « transmettre les ordres » : un ordre énoncé à voix basse est transmis d’homme en homme ; si, à l’avant, l’ordre était : « le sergent prendra les devants », à l’arrière, on obtiendra quelque chose comme : « l’opposant pendra les perdants ». Ainsi s’écrit l’Histoire. »[1]  – J’espère évidemment que dans notre cas, elle connaîtra un cours plus heureux.

    Les bonnes idées sont rarement le fruit d’une intention délibérée, et si c’est le cas, elles sont rarement bonnes (c’est « trop voulu », comme le font volontiers remarquer les éditeur.trice.s en Allemagne). Je te suis donc reconnaissant d’avoir mis en avant, comme des flashes, certaines étapes de notre séjour belgradois de manière tout à fait marquante, ta sélection se rapprochant qui plus est beaucoup de celle que j’aurais pu faire moi-même. La soudaine tempête de neige ou la vidéo de Neša Paripović avançant inexorablement sont bien entendu des moments dont je me souviendrai moi aussi. J’ai toutefois constaté que Belgrade (la ville) ne m’a pas laissé d’impression durable, ou plutôt que je suis peut-être aveugle pour ses particularités, si bien que je ne peux produire moi-même ce genre de flashes. Je vois cela comme une sorte de défaillance de ma part. Les affiches devant le Parlement, par exemple, qui représentent les Serbes disparus au Kosovo, et donnent ainsi une impression du climat politique, je ne les ai pas vraiment vues, et même si c’était le cas : je ne suis pas sûr que j’aurais osé en tirer la moindre conclusion.

    J’étais peut-être trop occupé à me répéter : On ne peut tout de même pas envoyer quelqu’un pour trois jours dans une ville dont il ne comprend pas la langue et attendre de lui qu’il en dise quelque chose de vraiment pertinent. – On n’attend évidemment pas de nous un portrait exhaustif de Belgrade ou de la Serbie, mais plutôt une réflexion, quelques observations précises, quelques phrases bien tournées aussi. Je crains toutefois de n’avoir pas suffisamment – ou mal – observé la ville pour pouvoir répondre à cette attente-là. Je partage toutes tes observations, sans pour autant faire confiance aux miennes. Le décalage entre l’architecture brutaliste et la culture festive ne m’a pas complètement échappé, mais je ne saurais quoi en faire. La musique du bar où tu as été frappé par les rôles féminins et masculins particulièrement définis joués par les corps m’a semblé un peu exotique, comme dans un monde parallèle ou un film d’Emir Kusturica ; mais je ne sais pas si on peut qualifier cela d’observation précise. De mon point de vue d’Européen de l’Ouest, c’étaient là le son et l’image typiques des Balkans. Même chose concernant les t-shirts à l’effigie de Poutine ou Mladic qu’on peut acheter sur les stands de souvenirs du Kalemegdan. Je trouve ça déconcertant, et en même temps, c’est un peu ce à quoi je m’attendais. Je ne pense pas pour autant que tous les Serbes soient les sympathisants d’un génocidaire, mais quelques-uns d’entre eux le sont sans doute. C’est pareil en Allemagne avec les nazis ou dans n’importe quel autre pays avec n’importe quel autre imbécile. Est-ce que ça m’apprend quelque chose sur la Serbie ? Possible, mais je ne sais pas quoi.

    Je pourrais faire semblant d’avoir observé davantage de choses et pomper le reste sur Internet. Mais on ne me demande pas de préparer un exposé comme à l’école. J’ai peut-être mauvaise conscience  parce que j’ai bénéficié d’une sorte de privilège et que je me sens incapable de livrer la performance extraordinaire qu’on attend de moi en contrepartie. Je regarde en ce moment la série La servante écarlate, qui met en scène une servante contrainte de tomber enceinte, mais qui n’y parvient pas.  Qu’on ne se méprenne pas, personne ne me contraint à rien, et la métaphore de la grossesse pour l’acte créatif est terriblement rebattue. Et pourtant : la servante et moi, nous ne livrons pas ce qu’on attend de nous. Je te conseille par ailleurs vivement la série.

    Si je te comprends bien, l’infra-politique des sapeurs nous donne la possibilité, grâce à leur appropriation décalée de nos propres habitudes, de nous percevoir différemment. L’idée me plaît. Même si j’imagine que les sapeurs ne sont pas devenus sapeurs pour nous être utiles. Ce qu’ils font m’apparaît comme une forme d’autodétermination : leur acte est politique car en s’appropriant les symboles culturels distinctifs de leurs anciens colonisateurs, ils en font les symboles de leur indépendance et de leur liberté intérieure. Ils le font avec fierté et ironie, et leur communauté constitue sûrement une subculture plus ou moins répandue. Mais ils n’entrent pas dans un espace politique, dans lequel il s’agirait de prendre des décisions collectives, ainsi que Niklas Luhmann définit le subsystème social à caractère politique. Leurs vêtements jouent avec certaines possibilités, brisent certaines conventions, sèment des idées qui vont permettre à d’autres de prendre conscience de certaines choses, ou au moins les amuser. En revanche, ils ne cherchent pas à obtenir des changements coordonnés sur le plan social, et n’auraient pas le pouvoir de les imposer. Ils restent en quelque sorte sous le radar (infra).

    Et nous : sous quel radar restons-nous ? D’abord, évidemment, sous celui de la culture de masse, qui ne prendra guère connaissance de ce que nous écrivons. C’est déjà le cas des romans à succès, alors ne parlons même pas des écrits d’auteurs moyennement connus (pardon) qui publient sur des sites dédiés aux fans de littérature leurs épanchements littéraires sur des pays lointains, comme le faisaient les galants hommes après leur Grand Tour au début de l’époque moderne. Nos écrits ne modifieront guère le discours sur la Serbie ; pour ma part, je n’ai d’ailleurs nullement la prétention de le faire. Ce que nous écrivons ici a à peu près autant d’influence qu’une conversation privée. Celle-ci peut évidemment avoir un sujet politique, mais s’agit-il pour autant d’une action politique ? Peut-être, mais d’ordre quasi imperceptible.

    Pourquoi un pays finance-t-il des gens comme nous ? Les sapeurs congolais, au moins, financent eux-mêmes leur coûteux passe-temps, tandis que nous autres sommes payés par l’État pour les miettes que nous produisons. Pourquoi ? Qu’est-ce que cela lui rapporte ?  Puisqu’il nous prouve depuis les années 1980 qu’il n’est plus un État-Providence ?

    La subvention culturelle m’apparaît comme un acte symbolique, elle m’évoque une majestueuse fontaine dans le centre d’une grande ville, Rome, par exemple. La fontaine de Trevi est l’illustration d’un certain pouvoir discrétionnaire sur les différentes ressources nécessaires (eau, sculpteur, marbre), la tradition, le savoir-faire technique. Une telle fontaine envoie un message à la conscience de celui qui la regarde, message qui dit en substance : J’ai le sens du beau et je sais même le créer moi-même ; mes moyens sont illimités ; penses-y à l’avenir quand tu choisiras tes amis. Personne ne considère une fontaine ou un écrivain comme une aimable mise en garde, mais c’est pourtant ce que nous sommes (comme les humains sont des sources d’énergie dans Matrix). Peut-être puis-je rendre Amélie Nothomb responsable de cette idée quelque peu audacieuse, puisque  nous l’avons évoquée lors d’un de nos dîners à Belgrade : dans son roman Hygiène de l’assassin, elle fait dire à son personnage principal, Prétextat Tach, que les États se menacent avec leurs écrivains comme s’il s’agissait d’armes. Sans aller aussi loin, je nous vois plutôt dans la catégorie décoration utile : nous véhiculons l’image éminemment sérieuse d’un État fonctionnant parfaitement, avec une solide histoire culturelle, solide notamment parce qu’il ne rechigne pas à débourser de l’argent pour l’entretenir, comme les jardins Renaissance de ses châteaux désormais sans utilité.

    Ce que l’État dépense pour nous, il pourrait le faire passer en frais professionnels et le déduire de sa déclaration d’impôts, s’il payait des impôts. Sur un total de quelque 330 milliards d’euros dépensés l’année dernière, l’État allemand et les Länder en ont consacré une dizaine à la subvention de la culture ; le Ministère des Affaires étrangères a participé à hauteur d’un petit milliard à « l’entretien des relations culturelles avec l’étranger » (voilà donc, je suppose, ce que nous faisions à Belgrade). En guise de comparaison : représentant plus de 40%, le poste le plus important du budget (plus de 137 milliards) est consacré aux retraites et à la protection sociale. Comparé à cela, 10 milliards, ce n’est pas beaucoup, mais c’est davantage que le budget consacré à l’entretien des grands axes routiers, à l’infrastructure numérique ainsi qu’à l’aviation et à la navigation spatiale pris ensemble, et plus du double du budget consacré aux équipements militaires. Le fait que l’Allemagne consacre largement plus d’argent à la culture qu’à l’achat de tanks constitue, je pense, une bonne nouvelle.

    Et cet argent est bien investi. Il ne s’agit pas seulement d’attirer des investisseurs, mais aussi des ouvriers qualifiés, des contribuables du monde entier, des nouveaux citoyens de valeur :  la lutte pour l’avenir, qui a commencé il y a une éternité, est toujours d’actualité. Nous ne vivons pas dans des pays comme l’Ukraine ou la Serbie, que fuit leur jeunesse, et ne parlons même pas du Congo : chez nous, les gens trouvent du travail, et les opinions différentes sont entendues, et ce que nous économisons en mesures anti-corruption, nous l’investissons même dans ceux qui les défendent. Il fait bon vivre dans cet État, venez tous – tant que vous avez un diplôme de linguistique informatique : c’est ce message aussi que véhiculent les cohortes d’employés du secteur culturel subventionné.

    Je ne veux pas dénigrer tout cela. Si j’étais un État, je ferais pareil. Et nous aurions pu tomber bien plus mal, cher Frédéric, avec nos deux États. Bien sûr, on y trouve aussi des discriminations quasi insurmontables, un néolibéralisme totalitaire, et les hommes politiques nous servent toujours les même formules toutes faites ; mais quand on se fait emboutir sa bagnole en pleine heure de pointe, on n’est pas obligé de graisser la patte à un policier pour qu’il fasse un constat d’accident, on n’a pas besoin de corrompre les médecins, ni les profs. Quel intérêt ai-je à vilipender un tel État ? Aucun. J’essaie juste de comprendre son raisonnement. Et de savoir si un pays qui fait tant pour ses artistes est un bon pays pour un artiste.

    J’avais prévu de poursuivre ma lettre, mais c’est une bonne conclusion. Je suis un peu soucieux : peut-être suis-je hors-sujet ou ai-je trop fait dévier le sujet. Mais je me fais toujours trop de souci. Cher Frédéric, j’espère que tu trouveras quelque chose à répondre à mes extravagances, et me réjouis de lire bientôt, je l’espère, tes intelligentes considérations sur ton propre pays.

    Je te salue chaleureusement depuis le triste et gris hiver berlinois,

    Sascha

    [1]    Sascha nous indique ici que la citation se trouve dans le premier tome, chapitre 83 (intitulé Toujours la même histoire, ou pourquoi n’invente-t-on pas l’Histoire ?) N’ayant pas la traduction de Philippe Jaccottet sous la main, je me permets ici de retraduire la citation, en m’efforçant d’en restituer le sens au mieux (note de la traductrice).

    Lieber Frédéric,

    ich habe mich sehr darüber gefreut, dass Du meinen Brief beantwortet hast (nicht im mindesten geschwätzig übrigens) und dass wir einen Gedankenaustausch führen über verschiedene Themen, die gemeinsam zu definieren ich wiederum als den eigentlichen Behuf unserer Korrespondenz ansehe. Du hast überaus verfolgenswerte Anregungen dazu gegeben, die ich mich bemühen will aufzugreifen. Natürlich komme ich schon gleich zu Beginn an dem Begriff „Infrapolitik“ nicht vorbei, den ich, wie Du, bislang nicht kannte. In Deutschland scheint er noch nicht sehr verbreitet zu sein; die ersten vier oder fünf Google-Einträge verweisen auf einen deutschen Migrationsforscher namens Serhat Karakayali, den ich im Gegensatz zu dem Begriff seit vielen Jahren kenne und schon mit ihm befreundet war, als wir beide noch in Duisburg studierten und – nacheinander – mit derselben Frau liiert waren. Nun lebt er, welch ein Zufall, in Berlin und lehrt an der Humboldt-Universität Infrapolitik, und ich musste erst grundlos nach Belgrad reisen, um das herauszufinden.

    An der Anekdote kann man erkennen, dass ich solchen Reisen – obwohl wir Schriftsteller sie kritisch sehen, nicht umsonst sind wir per Werkseinstellung Berufsindividualisten – dennoch etwas abgewinnen kann, insofern nämlich, als etwas aus ihnen werden kann, das niemand hatte kommen sehen. Zu dieser Art Emergenz fällt mir traditionell eine Passage aus dem Mann ohne Eigenschaften von Robert Musil ein: „Die Eskadron reitet in Zweierreihen, und man läßt »Befehl weitersagen« üben, wobei ein leise gesprochener Befehl von Mann zu Mann weitergegeben wird; befiehlt man nun vorne: »Der Wachtmeister soll vorreiten«, so kommt hinten heraus: »Acht Reiter sollen sofort erschossen werden« oder so ähnlich. Auf die gleiche Weise entsteht auch Weltgeschichte.“[1]  – Ich hoffe natürlich, bei uns nimmt die Geschichte einen erfreulicheren Verlauf.

    Gute Ideen entstehen nur selten aus einer Intention, und wenn doch, sind sie nicht gut („zu gewollt“, wie deutsche Lektorinnen gerne sagen). Insofern bin ich dankbar, dass Du blitzlichtartig einige unserer Belgrader Stationen hervorgehoben hast, äußerst einprägsam noch dazu und in einer Auswahl, die ich ganz ähnlich getroffen hätte. Freilich, der überraschende Schneesturm oder das Video des unaufhaltsamen Neša Paripović, das waren Momente, die auch mir in Erinnerung bleiben. Dennoch habe ich festgestellt, dass Belgrad (als Stadt) keinen bleibenden Eindruck bei mir hinterlassen hat, oder besser, dass ich möglicherweise blind bin für ihre Besonderheiten, weswegen ich derartige Blitzlichter schuldig bleiben muss. Ich sehe das ein bisschen als mein Versagen an. Die Plakate etwa vor dem Parlament, auf denen die vermissten Serben im Kosovo thematisiert werden und die deshalb einen ersten Eindruck des politischen Klimas vermitteln, habe ich nicht wahrgenommen, und selbst wenn: Ich bin nicht sicher, ob ich mich getraut hätte, daraus irgendwelche Schlüsse zu ziehen.

    Ich musste nämlich oft denken: Man kann doch nicht einen Menschen für drei Tage in eine Stadt schicken, deren Sprache er nicht versteht, und verlangen, dass er etwas wirklich Erhellendes über sie erzählen kann. – Natürlich ist die Erwartung an uns nicht die, Belgrad oder Serbien vollumfänglich und für alle Zeiten plastisch werden zu lassen, sondern eher, darüber zu poetisieren, präzise Einzelbeobachtungen anzustellen und geschwungene Sätze zu formulieren. Ich fürchte aber, selbst dazu habe ich nicht genug oder falsch beobachtet. Ich teile alle Deine Beobachtungen, meinen aber traue ich nicht. Das Spannungsverhältnis zwischen brutalistischer Architektur und Partykultur ist mir zwar nicht direkt entgangen, aber ich fange nichts damit an. Die Musik in der Bar, in der Dir die besonders rollenbetonten Männer- und Frauenkörper aufgefallen sind, kam mir ein wenig exotisch vor wie in einem Paralleluniversum oder einem Film von Emir Kusturica; ich weiß nicht, ob das eine präzise Beobachtung ist. Aus meiner westeuropäischen Sicht klang das und sah das aus wie der Balkan eben klingt und aussieht. Dazu gehört sogar, dass man an Souvenirständen im Kalemegdan T-Shirts mit den Konterfeis Putins und Mladics kaufen kann. All dies befremdet mich, und zugleich habe ich es doch so oder ähnlich erwartet. Ich halte deshalb nicht alle Serbinnen und Serben für Sympathisanten eines Völkermörders, aber ein paar werden es schon sein. So ist es ja auch in Deutschland mit den Nazis oder in jedem anderen Land mit jedem beliebigen Stinker. Sagt mir das alles etwas über Serbien? Schon möglich, aber ich weiß nicht, was.

    Ich könnte nun so tun, als hätte ich mehr beobachtet, als es der Fall war, und den Rest aus dem Internet abschreiben. Aber ich muss ja keinen Schulaufsatz verfassen. Vielleicht habe ich ein schlechtes Gewissen, weil ich Teil eines Privilegs war und nun das Extraordinäre, das man von mir als Gegenleistung erwartet, nicht abliefern kann. Gerade sehe ich mir die Serie „A Handmaid’s Tale“ an, wo eine gedungene Magd unter Zwang schwanger werden soll, aber es geschieht nicht. Nun werde ich beileibe zu nichts gezwungen, außerdem ist das Bild der Schwangerschaft im Zusammenhang mit Kreativität abstoßend abgedroschen. Trotzdem: die Magd und ich, wir liefern nicht. Die Serie ist übrigens unbedingt sehenswert.

    Die Infrapolitik der Sapeurs bietet uns, wenn ich Dich richtig verstehe, die Möglichkeit, uns durch ihre verfremdete Aneignung unserer eigenen Gewohnheiten aus einer neuen Perspektive wahrnehmen zu können. Das gefällt mir. Wobei die Sapeurs vermutlich nicht um unseretwillen Sapeurs sind. Was sie tun, sieht für mich aus wie eine Form der Selbstermächtigung: Sie verhalten sich politisch, indem sie sich die kulturellen Zeichen ihrer ehemaligen Besatzer aneignen und sie schon allein dadurch zu etwas umdeuten, das ihre Unabhängigkeit und innere Freiheit signalisiert. Sie tun es mit Stolz und Ironie, und ihre Community ist sicher eine mehr oder weniger verbreitete Subkultur. Sie betreten aber nicht jenen politischen Raum, in dem es darum geht, kollektiv bindende Entscheidungen zu treffen, wie Niklas Luhmann das gesellschaftliche Subsystem der Politik definiert. Ihre Kleidung spielt mit Möglichkeiten, bricht Konventionen auf und setzt nach dem Nadelstich-Prinzip Akzente, die andere womöglich zu Erkenntnissen, oder wenigstens Amüsement, kommen lassen. Aber sie intendieren keinerlei koordinierte Veränderungen auf gesellschaftlicher Ebene, und sie hätten auch nicht die Macht, diese durchzusetzen. Sie bleiben sozusagen unterhalb (infra) des Radars.

    Unterhalb welchen Radars bleiben wir? Zunächst mal, das ist offensichtlich, unter dem der Massenkultur. Was wir schreiben, wird sie kaum jemals zu Gesicht bekommen. Das ist ja selbst bei erfolgreichen Romanen der Fall, erst Recht bei Einlassungen leidlich bekannter Autoren (ich bitte um Verzeihung), die auf  Liebhaberforen literarisch ambitionierte Ergüsse über ferne Länder verbreiten wie frühneuzeitliche Kavaliere nach ihrer Grand Tour. Wir ändern damit den Serbien-Diskurs kaum; ich zumindest habe es auch gar nicht vor. Was wir schreiben, hat ungefähr den Einflussgrad eines privaten Gesprächs. Das kann natürlich ein politisches Thema haben, aber ist es auch ein politisches Geschehen? Wahrscheinlich schon, aber eben im Mikrometer-Bereich.

    Warum leistet sich ein Land solche Leute wie uns überhaupt? Die kongolesischen Sapeurs finanzieren ihr kostspieliges Hobby immerhin aus eigener Tasche, wir dagegen werden für unsere Brosamen sogar vom Staat bezahlt. Warum? Was hat er davon? Immerhin beweist er doch schon seit den 80ern, dass er nicht die Wohlfahrt ist.

    Kultursubvention scheint mir ein symbolisches Geschehen zu sein, wie etwa ein prächtiger Springbrunnen in einem Stadtzentrum, sagen wir, in Rom. Der Trevi-Brunnen demonstriert die Verfügungsgewalt über die notwendigen Ressourcen (Wasser, Bildhauer, Marmor), Tradition und technisches Know-how. Ein solcher Brunnen sendet in erster Linie eine Botschaft ins Bewusstsein der Betrachter, die ungefähr lautet: Ich habe Sinn für das Schöne und weiß es sogar selbst zu schaffen; meine Mittel sind unbegrenzt; bedenke das künftig bei der Wahl Deiner Freunde. Niemand würde einen Springbrunnen oder einen Schriftsteller für eine freundliche Warnung halten, aber das ist es, was wir sind (so wie die Menschen in der Matrix Energielieferanten sind). Vielleicht kann ich für diesen gewagten Gedanken übrigens Amélie Nothomb verantwortlich machen, über die wir beim Abendessen in Belgrad sprachen; in ihrem Roman „Die Reinheit des Mörders“ lässt sie ihren Protagonisten Prétextat Tach sagen, dass Staaten mit ihren Schriftstellern drohen wie mit Waffen. Ich würde so weit nicht gehen, sondern sehe uns eher in der Kategorie nützlicher Zierrat: Wir vermitteln das tiefseriöse Bild eines funktionierenden Staates mit profunder Kulturgeschichte, profund unter anderem deswegen, weil er es sich einiges kosten lässt, sie zu hegen wie die Renaissancegärten seiner funktionslosen Schlösser.

    Was der Staat für uns ausgibt, könnte er als Werbungskosten von der Steuer absetzen, wenn er welche zahlen müsste. Bei Gesamtausgaben von etwa 330 Milliarden Euro (im letzten Jahr) wenden Bund und Länder in Deutschland zusammen etwa 10 Milliarden für die Kulturförderung auf; das Auswärtige Amt beteiligt sich nochmal mit einer knappen Milliarde an der „Pflege kultureller Beziehungen zum Ausland“ (ich nehme an, das war es, was wir in Belgrad gemacht haben). Zum Vergleich: Der mit über 40% größte Posten im Haushalt (über 137 Milliarden) geht für Renten und Grundsicherung drauf. 10 Milliarden sind demgegenüber nicht viel, allerdings mehr als die Ausgaben für die Instandhaltung der Fernstraßen, der Digitalen Infrastruktur und Luft- und Raumfahrt zusammen und mehr als das Doppelte des Budgets für militärisches Gerät. Dass Deutschland weitaus mehr Geld für die Kultur als für neue Panzer ausgibt, ist eine gute Nachricht, denke ich.

    Und das Geld ist gut investiert. Es geht nicht nur darum, Investoren anzulocken, sondern auch Facharbeitskräfte, Steuerzahler aus aller Welt, neue Bürgerinnen von Wert: der Kampf um die Zukunft hat nicht nur schon vor Ewigkeiten begonnen, er geht auch immer weiter. Wir leben nicht in Ländern wie der Ukraine oder Serbien, denen die Jugend wegrennt, gar nicht zu reden vom Kongo: hier bei uns finden die Menschen Arbeit und sogar abweichende Meinungen Gehör, und was wir an Antikorruptionsmaßnahmen sparen, investieren wir sogar in ihre Vertreter. In diesem Staat lässt es sich leben, also kommt alle her – sofern ihr Abschlüsse in Computerlinguistik mitbringt: Diese Botschaft verbreitet die Heerschar von geförderten Kulturarbeitern eben auch.

    Ich will das nicht schlechtreden. Wäre ich ein Staat, ich würde es genauso machen. Und mit unseren beiden Staaten, lieber Frédéric, hätten wir es durchaus schlimmer treffen können. Es gibt kaum zu überwindende Diskriminierung, totalitären Neoliberalismus und immer dieselben Politikerphrasen, sicher; aber wenn uns jemand im Berufsverkehr in die Karre fährt, müssen wir nicht die Polizisten schmieren, die den Unfall aufnehmen sollen, und auch den Arzt nicht, und auch nicht unsere Dozentin. Welches Interesse sollte ich haben, einen solchen Staat zu verunglimpfen? Habe ich nicht. Ich will bloß verstehen, was er sich denkt. Und ob ein Land, das so viel für seine Künstler tut, eigentlich ein gutes Land für einen Künstler ist.

    Eigentlich wollte ich noch weiter schreiben, aber das ist ein gutes Schlusswort. Ich bin ein wenig in Sorge, das Thema verfehlt oder eigenmächtig umgelenkt zu haben. Andererseits sorge ich mich ohnehin zu viel. Lieber Frédéric, ich hoffe, Dir fällt zu meinen Kapriolen etwas ein, und freue mich auf das wissenswert Erhellende, dass Du möglicherweise aus Deiner Heimat berichten kannst.

    Ich grüße Dich herzlich aus dem tristen Berliner Winter:

    Dein Sascha

    [1]    Da meine Bücher noch alle in Kartons im Keller überwintern, kann ich nur den ungefähren Ort angeben: Band I, Kapitel 83 (Seinesgleichen geschieht oder warum erfindet man nicht Geschichte?)

  • Cher Sascha,

    C’est un grand plaisir de répondre à ta longue lettre, nerveuse et stimulante. Serait-ce le bénéfice rétroactif de notre séjour à Belgrade ? Je ne suis pas loin de le penser, les mots appelant les mots et les idées les idées. Je n’ai jamais particulièrement aimé parlé de moi mais je tiens à m’excuser de te répondre aussi tard. Simplement, j’ai publié début janvier BettieBook, une fiction sur les mutations du statut de la critique littéraire à l’ère numérique, et j’ai eu un certain nombre d’obligations à remplir, de sorte que, quand bien même j’avais ta lettre en tête comme une idée fixe, je n’avais ni la disponibilité ni la fraîcheur d’esprit pour y répondre sereinement. Me revoilà, un mois après la rédaction de ta lettre, quinze jours après la réception de sa traduction par Stéphanie Lux, deux mois après notre séjour dans la capitale serbe. Bref, à l’heure d’Instagram, nous mettons huit semaines pour nous échanger quatre lettres. Pas mal, non ? Nous pratiquons un art ancien…

    Pour faire écho à tes doutes, je ne sais pas non plus quelle est la „vocation profonde“ de notre correspondance – c’est d’ailleurs ton inconscient qui est en jeu, puisque tu l’as toi-même initiée, un peu chamboulé par ce voyage express. Celle-ci part donc d’une nécessité personnelle en même temps que d’une contrainte (honorer notre contrat envers le Ministère des Affaires étrangères allemand en publiant un texte), et se transforme pour toi et moi en une quête de sens pluriels sur notre voyage : son intérêt, la matière humaine et intellectuel qu’il y a à tirer de ce genre de déplacement, le questionnement qu’il implique autant sur notre statut d’écrivain au sein de deux grandes démocraties voisines que sur la diplomatie culturelle elle-même et notre relation à l’Etat-mécène.

    Je suis content de toutes ces mises en perspective. Mine de rien, ces trois jours à Belgrade nous auront invité à réfléchir à rien de moins que ce que nous sommes, c’est-à-dire pas ou plus grand-chose au regard de l’évolution de la place et du rôle de l’écrivain dans la société. En outre, nous nous connaissons à peine. Donc deux écrivains qui se connaissent à peine, issus de deux régimes politico-culturels distincts, suite à l’expérience d’un week-end dans un pays tiers, conversent sur l’essentiel, dans deux langues différentes, grâce au talent de traductrices inconnues. Tout va bien ? Pour moi, oui… J’ai senti énormément de pugnacité dans ta missive. Une sorte de courage et de franchise, aussi. Mais s’il est vrai que nous ne sommes plus grand-chose statutairement, il est tout aussi vrai que nous avons encore les mots pour explorer ce „plus grand-chose“, en une sorte de pacte de lucidité. Pas vraiment romantique, mais sincère.

    Si je n’ai pas croisé de Sapeurs congolais à Belgrade, je suis heureux que tu m’apprennes qu’un de tes amis universitaires, Serhat Karakayali, se trouve être le spécialiste allemand de la notion d’infrapolitique, qui fluctue quelque peu selon ses usages intellectuels. Cette coïncidence relèverait-elle de ce que les surréalistes français appelaient le „hasard objectif“, une sorte de nécessité invisible liée aux sortilèges de l’art ? Habitant près des Grands Boulevards parisiens où prend cadre le merveilleux Nadja d’André Breton, je ne peux qu’en être secrètement convaincu… Je confirme en tout cas tes analyses et les prolonge : les signaux infra-politiques des Sapeurs nous donnent effectivement la possibilité, „grâce à leur appropriation décalée de nos propres habitudes, de nous percevoir différemment“. Mais surtout, ils radicalisent ce que nous sommes. Ils veulent moins nous être utiles que nous outrer, nous agrandir d’une certaine manière : être nous-mêmes et davantage, pour s’affirmer et nous traduire en une sorte de quête identitaire qui crée ses propres codes en reprenant, souvent à son insu, les stigmates et les vestiges, notamment esthétiques, de l’Histoire. Socialement, ils restent des dominés (comme nous d’ailleurs), effectivement sous le „radar“, avec cependant la force des faibles : à l’heure du règne de la marchandise culturelle et de la politique-spectacle, il est désormais impossible pour un politicien congolais de se priver de la présence d’un „sapeur star“ à ses côtés, après avoir longtemps ostracisé sa caste de bons à rien oisifs et dépensiers… Un peu comme nous, non, la mauvaise conscience de la cilisation du livre, sollicités de temps à autre par la puissance publique, „protectrice des arts et lettres“ (modèle français) ? Nous sommes des dandys congolais qui nous ignorons. En plus nostalgique, cependant.

    Je partage tes inquiétudes. L’appréhension de produire un texte sur un territoire inconnu à peine entrevu et l’influence quasi nulle, proche de la „conversation privée“, de nos missives sur un éventuel public. Mais faut-il s’en inquiéter en en réduisant „la portée politique“ ? Tout dépend où l’on situe l’idée de „politique“ et de „portée“, donc de transformation et d’impact, mais je ne le pense pas. Sur ce point, je serai deleuzien : accepter le caractère éventuellement mineur et minoritaire de la littérature, qui affirme sa propre nécessité à l’intérieur des systèmes. L’humeur de ta deuxième lettre, en ce sens, me semble corrosive et très féconde – même si nous n’avons à l’arrivée qu’une poignée de lecteurs.

    Qu’aurons-nous vu et appris de la Serbie ? Encore une fois, pas grand-chose. Nous aurons éprouvé de sensations, croisé des vivants et des ombres, entendu des voix, reçu des plaintes, partagé des émotions, formalisé des débuts d’intuitions politiques. Ce n’est déjà pas si mal, et je crois que nos hôtes belgradois étaient heureux de nous recevoir, tout simplement parce qu’ils ont envie d’une Serbie neuve et ouverte, en rupture avec l’enfer politique duquel ils sortent. Je me réjouis ainsi d’avoir pu effectuer ce voyage, que personne ne nous a obligés à faire, de même que je suis extrêment reconnaissant envers ceux qui nous en ont donné la possibilité, au premier rang desquels Thosten Donges – en France, où la vie sociale des écrivains est moins développée qu’en Allemagne, je ne lui connais pas d’équivalent. Ce mec est cool.

    „Pourquoi un pays finance-t-il des gens comme nous ?“, te demandes-tu avec raison. Tu as bien résumé les choses : nous relevons d’une nécessité d’agrément ; nous sommes les agents à pouvoir limité de la légitimation et de l’entretien symbolique d’une histoire culturelle dont on sent, notamment pour la partie littéraire, qu’elle n’est plus très solide sur ses bases – chute du nombre de lecteurs littéraires, précarité des écrivains, etc. Il ne faut cependant pas négliger les bienfaits de l’action publique (si on accepte d’en bénéficier, ce que je n’ai fait à titre personnel qu’une fois avec l’obtention il y a deux ans d’une résidence à l’université Paris-X). Un membre du Centre National du Livre m’a récemment expliqué que, même si des auteurs fortunés et sans conscience politique n’hésitent pas à demander des aides dont ils n’ont nul besoin, 90 % des bourses, malgré les passe-droits, vont à ceux qui ont de faibles ressources et présentent un projet littéraire de qualité. Bref, il y a une réelle bienveillance à l’égard des créateurs… tant qu’ils sont fréquentables bien sûr.

    La question devient très frontale : l’Etat doit-il subventionné la culture par principe, et donc le voyage de Reh et Ciriez dans un palace belgradois avec un spa au sous-sol ? Cela pose des problèmes idéologiques autant du côté des auteurs (que signifie recevoir de l’argent public pour se promener et éventuellement créer alors que des gens dorment dehors) que pour l’Etat lui-même (quelles justifications et quels bénéfices tirés de la mise en place d’une „exception culturelle“ – expression française éminemment significative et auto-glorificatrice -, en termes de partage social et de promotion nationale et internationale). Ma réponse est simple dans le cadre de ce voyage et de tous types de sollicitation publique : le respect du principe de la contre-partie  (ici écrire sur notre séjour – avec une totale liberté, il convient de le souligner). Don/contre-don (win-win en langage néo-libéral !). C’est donc au sens fort un échange en même temps qu’un travail, ce pourquoi ce n’est pas tout à fait une subvention. Les écrivains officiels n’existent plus dans nos démocraties. Ils ont été remplacés par des acteurs culturels qui acceptent et justifient l’Etat, mais sans s’y aliéner nécessairement.

    Du côté allemand, j’ai l’impression que la promotion de la langue et d’un rayonnement international est une question clé, plus importante qu’il n’y paraît – pas un simple „entretien des relations culturelles avec l’étranger“ comme le dit le discours de façade du Ministère des Affaires étrangères, que tu mentionnes. Les Allemands ont besoin de se faire aimer et entendre – par exemple, le nombre de traduction de l’allemand vers le français est insuffisant. L’Allemagne aimerait être davantage sexy. Elle y parvient progressivement. Tu vois, cher Sascha, à quoi tient le succès d’une „culture“ à l’ère du „capitalisme culturel avancé“ (Luc Boltanski)… Etre sexy ou ne pas être. La Sape, encore et toujours. Notre rôle est de saper l’Etat ! (Courage à la traductrice Odile Kennel pour trouver un équivalent au verbe „saper“.)

    La perception de l’Allemagne a énormément changé pour les gens de ma génération en quelque trois décennies. Et c’est tant mieux. On peut dire ce qu’on veut de „l’Europe“ comme construction politique, mais ce projet est préférable à celui de s’entre-tuer entre vieils Etats-nations… L’Europe est un espace de traduction. La Serbie, dans ou hors Communauté européenne au sens strict, en fait pleinement partie. Le Ministère allemand des affaires étrangères débloque une micro-case budgétaire et délègue à Thorsten Dönges la tâche d’associer un compatriote à un écrivain français pour passer un week-end chez les Serbes contre une somme d’argent et l’écriture d’un texte… Il faut vraiment appartenir aux classes moyennes intellectuelles économiquement dominés pour en faire un problème existentiel. Ce que nous touchons, c’est une journée et demi de la tarification d’un consultant web à Paris (et encore…). Un grand-bourgeois sans préocupations matérielles prendrait quant à lui cette somme comme de l’argent de poche, sans se poser la moindre question. Idem pour un passeur de clandestins sur les rivages nord-africains, tout en sachant qu’il envoie peut-être des malheureux à la mort. Ce n’est pas un reproche que je t’adresse, j’éprouve les mêmes scrupules, qui sont moins de la „mauvaise conscience“ liée au „privilège“ dont tu parles avec franchise qu’un besoin de définition de ma position face à l’institution. Il y a des problèmes de pauvres, des problèmes de riches, et des problèmes d’écrivains. Ton angoisse, cher Sascha, de „la performance extraordinaire qu’on attend de moi en contrepartie (du week-end à Belgrad)“ le révèle clairement, avec sa double charge narcissique et morale d’enfant merveilleux et d’adulte lucide. Encore une fois, je ne me dissocie pas de ton trouble, qui me constitue également comme sujet littéraire.

    Je ne suis pas dupe du rôle et de l’ambition de l’Etat culturel, qui certes aide… mais bien souvent, de manière pernicieuse, neutralise la charge émotionnelle et la force de la production artistique. Je dirai sobrement, mais nous le savons tous, que l’art n’est pas la culture, et que l’on aide bien plus d’acteurs culturels que de véritables artistes. Encore une fois, tu poses une excellente question : „un pays qui fait tant pour ses artistes est-il un bon pays pour un artiste ?“ Il faut réactiver l’idée d'“infra“ : beaucoup d’artistes sont sous les radars et surgissent quand on ne les attend pas. Ce qui ne contrevient pas à la noblesse et à la légitimité de l’action publique, qui a vocation à faire circuler la culture et à former des citoyens éclairés et sensibles aux choses de l’art. Mais quand la cohésion sociale est minée par l’Oeuvre elle-même, en tant que négativité potentiellement active (qui plus est loin de la rassurante idéologie contemporaine du care et du feel good…), la raison d’Etat revient au galop… Dernier exemple en date, l’abandon du projet de publication des pamphlets antisémites de Céline par Gallimard, que je ne discuterai pas ici, suite aux conseils „bienveillants“ du Ministère de la culture et au débat public enflammé qui s’en est suivi.

    „Le fait que l’Allemagne consacre largement plus d’argent à la culture qu’à l’achat de tanks constitue, je pense, une bonne nouvelle.“ Difficile de te contredire, à moins que la culture ne soit instrumentalisée comme soft power (ce qui vaut bien des tanks)… et surtout tant que la „culture“ ne devient pas une forme d’obésité auto-référentielle, obscène et vaine. D’une certaine manière, ce sont les Allemands qui m’ont institutionnalisé en France avec l’obtention du prix Franz-Hessel en 2014. Le prix n’est, soyons honnête, que moyennement connu, mais il a distingué des auteurs installés (dont par exemple Eric Vuillard, qui vient d’obtenir le prix Goncourt pour L’Ordre du jour, qui envisage l’Histoire comme une parodie à travers l’épisode de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, alors dotée de chars capables de tomber en panne à la frontière…). La nouveauté et l’étrangeté de cette récompense ont culminé pour moi avec la remise du prix au Ministère de la culture à Paris, en présence des ministres de la culture de nos pays respectifs… et de quelques sapeurs que j’avais invités. L’un d’eux, le Bachelor, extrêmement connu en Afrique francophone, m’a un jour fait cette confidence désarmante : „Frédéric, je ne suis jamais allé au Ministère de la culture du Congo, mais toi tu m’y as emmené à Paris“. Difficile de ne pas être ému par cette dialectique de la reconnaissance et de la marge („infra“, si l’on veut).

    J’ai toujours apprécié de travailler avec les Allemands – ils sont toujours respectueux de leurs engagements et généreux, en tout cas jamais radins. Finalement, je trouve que le sort d’un auteur en Allemagne est économiquement plus enviable qu’en France, où tout le monde vit de la culture, sauf les auteurs bien sûr. Nous avons la gratuité du prestige rendu à la nation…

     

    Cher Sascha, que je sais soucieux (à l’image de l’anti-héros de mon nouveau livre, un critique littéraire en voie de déclassement professionnel, qui s’appelle Sorge…), je te salue chaleureusement depuis Le Prado, un café du centre de Paris encore un peu populaire (ce jour, j’y entends d’ailleurs des langues d’Europe de l’Est, sans les distinguer clairement). Je serais heureux que nous puissions nous retrouver tous très prochainement. Pourquoi pas à Belgrade, de nouveau grâce à la générosité du Ministère des affaires étrangères allemand ? Ce serait comme un délicieux infra-événement culturel, rien que pour nous : Belgrade II, le retour (starring Sascha Reh, Frédéric Ciriez, Thorsten Dönges and the marvellous Bojana Denić). Les Serbes sont également les bienvenus à Paris, je l’ai déjà dit à Bojana, dont le prénom rime avec rakja – ne pas en abuser en début de repas, et s’en servir pour se délester de ses angoisses.

    Amitiés,

    Frédéric

    Post Scriptum de dernière minute : je demande à mes deux voisins du Prado, pas des touristes mais des travailleurs émigrés, quelle langue ils parlent : le serbe ! L’un est de Belgrade, l’autre de la campagne. Beaucoup de Serbes sont employés à Paris et en banlieue dans le secteur du textile et du bâtiment. Oui, ils parlent le serbe… Cher Sascha, on a gagné. (Mais quoi ? Et pour qui ? Etc.)

     

    Les lettres de Sascha Reh ont été traduit vers le français par Stéphanie Lux, celles de Frédéric Ciriez vers l’allemand par Odile Kennel.

    Lieber Sascha,

    Es ist mir ein großes Vergnügen, auf Deinen langen, hitzigen und anregenden Brief zu antworten. Ist das vielleicht der eigentliche Gewinn aus unserem Aufenthalt in Belgrad? Gut möglich, denke ich, denn Wörter ziehen Wörter nach sich und Ideen Ideen. Ich habe noch nie gerne über mich selbst gesprochen, aber ich möchte mich an dieser Stelle für meine verspätete Antwort entschuldigen. Anfang Januar ist mein Buch BettieBook herausgekommen, eine fiktionale Geschichte über die veränderte gesellschaftliche Bedeutung der Literaturkritik in Zeiten des Internets. Ich hatte eine Menge Termine, und obwohl ich Deinen Brief wie eine fixe Idee mit mir herumtrug, hatte ich weder die Zeit noch einen freien Kopf, um Dir in Ruhe zu antworten. Nun bin ich wieder da, einen Monat, nachdem Du Deinen Brief verfasst hast, vierzehn Tage nachdem ich die Übersetzung erhalten habe, zwei Monate nach unserer Belgradreise. Anders gesagt, in Zeiten von Instagram brauchen wir acht Wochen, um vier Briefe auszutauschen. Nicht schlecht, oder? Wir üben eine altmodische Kunst aus …

    Um deinen Zweifeln zu begegnen: Auch ich weiß nicht, was der „eigentliche Behuf“ unserer Korrespondenz ist – allerdings steht hier Dein Unterbewusstsein zur Disposition, hast doch Du den Anfang gemacht, noch ein wenig durcheinander von unserer Express-Reise. Unser Briefwechsel ist also sowohl persönlich, als auch vertraglich motiviert (wir haben uns dem Auswärtigen Amt gegenüber verpflichtet, einen Text über unsere Reise zu veröffentlichen), und er wird für Dich und mich zu einer Suche nach den „Sinnen“, dem Ansinnen unserer Reise:  Was soll sie überhaupt, welchen menschlichen und intellektuellen Nutzen zieht man daraus, inwiefern stellt sie unsere Rolle als Schriftsteller in zwei großen, benachbarten Demokratien infrage, welchen Nutzen hat Kulturdiplomatie und welches Verhältnis haben wir zu dem Staat, der uns fördert …

    Ich freue mich, dass Du das alles hinterfragst – aber immerhin haben mich diese drei Tage in Belgrad dazu gebracht, über nichts Geringeres nachzudenken, als über das, was wir sind, heißt: nichts oder nicht mehr viel angesichts der veränderten Stellung und Bedeutung von Schriftstellern in der Gesellschaft. Hinzu kommt, wir kennen uns kaum. Zwei Schriftsteller, die sich also kaum kennen und aus zwei unterschiedlichen politisch-kulturellen Zusammenhängen kommen, unterhalten sich nach einem Wochenende in einem „Drittland“ übers Wesentliche, in unterschiedlichen Sprachen und Dank der Begabung zweier unbekannter Übersetzerinnen. Soweit alles ok? Für mich schon … Ich habe viel Angriffslust in Deinem Brief wahrgenommen. Auch Mut und Offenheit. Wir haben vielleicht kaum mehr gesellschaftliche Bedeutung, aber wir haben immer noch die Wörter, um dieses „Kaum-mehr“ zu ergründen, in einem Art Pakt der Hellsichtigkeit. Nicht wirklich romantisch, aber wenigsten ehrlich.

    Ich habe zwar keine kongolesischen Sapeurs[1] in Belgrad getroffen, bin aber glücklich zu erfahren, dass einer Deiner Unifreunde, Serhat Karakayali, deutscher Experte in Sachen Infrapolitik ist, diesem Konzept, das sich je nach intellektueller Verwendung immer etwas verändert. Sollte diese Koinzidenz so etwas wie der „objektive Zufall“ der französischen Surrealisten sein, eine Art unsichtbare, durch die Magie der Kunst hervorgebrachte Notwendigkeit? Da ich in Paris unweit der Grands Boulevards lebe, wo sich auch André Bretons wunderbares Buch Nadja abspielt, kann ich nur insgeheim davon überzeugt sein … Auf jeden Fall aber stimme ich Deinen Analysen zu und ergänze sie noch:  Die infrapolitischen Signale der Sapeurs geben uns in der Tat „die Möglichkeit, uns durch ihre verfremdete Aneignung unserer eigenen Gewohnheiten aus einer neuen Perspektive wahrnehmen zu können“. Aber vor allem treiben sie das, was wir sind, auf die Spitze. Sie wollen uns weniger nützlich sein, als uns vielmehr ein überzeichnetes, gewissermaßen übergroßes Bild von uns wiederspiegeln: Sie sind wir, und sie sind noch viel mehr als wir, sie bestätigen sich dadurch und übersetzen uns in eine Art identitäre Suche, die ihre eigenen Codes hervorbringt und dabei oft unbewusst auf die (vor allem ästhetischen) Stigmata und Überbleibsel der Geschichte zurückgreift.

    Gesellschaftlich werden sie weiterhin unterdrückt (wie wir übrigens auch), bleiben in der Tat unterhalb des „Radars“. Gleichzeitig üben sie die Macht der Schwachen aus: In Zeiten der kulturellen Ware und des Politikspektakels kann es sich inzwischen kein kongolesischer Politiker mehr leisten, ohne einen „Star-Sapeur“ an seiner Seite aufzutreten. Dabei waren die Sapeurs lange als faule, verschwenderische Nichtsnutze verschrien … Ein bisschen wie wir, oder? Das schlechte Gewissen einer Buchkultur, das hin und wieder von der Politik als „Beschützerin der Künste und der Literatur“ (Modell Frankreich) „angefragt“ wird … Wir sind kongolesische Dandys und wissen es nicht. In nostalgischerer Form, allerdings.

    Ich teile Deine Beunruhigung. Einen Text produzieren zu müssen über ein unbekanntes, kaum wahrgenommenes Land und der quasi nicht existierende Einfluss unseres Schreibens auf ein mögliches Lesepublikum – du hast Recht, wir könnten uns genauso gut privat unterhalten.

    Aber ist das ein Grund, die politische Tragweite kleinzureden? Natürlich kommt es drauf an, woran man „politisch“ und „Tragweite“, also Veränderung und Einfluss misst, aber ich denke nicht. In diesem Punkt stimme ich Deleuze zu: Literatur ist möglicherweise unwichtig und eine Sache von Minderheiten, aber genau das bestätigt ihre Notwendigkeit innerhalb eines Systems. Die Kritik in Deinem zweiten Brief scheint mir in dieser Hinsicht beißend und sehr fruchtbar zu sein – auch wenn wir am Ende nur eine Handvoll Leser haben.

    Was haben wir in Serbien gesehen und gelernt? Nach wie vor: nicht viel. Wir haben etwas empfunden, sind Lebenden und Schatten begegnet, haben Stimmen gehört, und Klagen, haben Gefühle geteilt, haben erste politische Eindrücke intuitiv eingeordnet. Das ist schon mal gar nicht so schlecht, und ich glaube, dass unsere Belgrader Gastgeber sich über unseren Besuch gefreut haben, ganz einfach, weil sie ein neues und offenes Serbien wollen, ganz das Gegenteil der politischen Hölle, die sie hinter sich haben. Ich bin insofern froh, dass ich diese Reise gemacht habe, zu der uns im Übrigen niemand gezwungen hat, und bin all jenen sehr dankbar, die sie ermöglicht haben, zuvorderst Thorsten Dönges. Ich kenne niemanden Vergleichbares in Frankreich, wo das literarische gesellschaftliche Leben viel weniger entwickelt ist. Der Typ ist cool.

    „Warum leistet sich ein Land solche Leute wie uns überhaupt?“, fragst Du und hast Recht. Du hast es gut zusammengefasst: Wir sind so etwas wie die notwendige Bestätigung; bei aller begrenzten Macht dienen wir doch der Rechtfertigung und symbolischen Aufrechterhaltung einer Kulturgeschichte, die inzwischen, zumindest was die Literatur betrifft, nicht mehr auf einer besonders stabilen Basis steht – immer weniger Leser, Schriftsteller, die nicht von ihrem Schreiben leben können usw. Dennoch sollte man die staatliche Unterstützung nicht unterschätzen (sofern man sich darauf einlässt; in meinem Fall habe ich bisher nur einmal, vor zwei Jahren, eine Schriftsteller-Residenz an der Universität Paris-Nanterre angenommen). Ein Mitarbeiter des Centre National du Livre hat mir neulich erklärt, dass zwar immer wieder wohlhabende Schriftsteller ohne politisches Bewusstsein ein Stipendium beantragen, das sie finanziell nicht nötig haben; 90% der Stipendien gehen aber, trotz ungerechtfertigter Vergünstigungen für manche, nach wie vor an solche, die ein geringes Einkommen haben und ein anspruchsvolles, literarisches Projekt. Kurz gesagt, es gibt ein echtes Wohlwollen den Kulturschaffenden gegenüber … jedenfalls, solange sie halbwegs vorzeigbar sind.

    Die Frage stellt sich sehr direkt: Sollte ein Staat Kultur prinzipiell fördern, und somit auch die Reise von Reh und Ciriez in einen Belgrader Palast mit Spa im Keller? Das stellt ein ideologisches Problem sowohl aufseiten der Autoren dar (was heißt es, Geld zu bekommen, um durch eine Stadt spazieren zu dürfen und vielleicht etwas darüber zu schreiben, während die Leute auf der Straße schlafen?), als auch aufseiten des Staates (welche Rechtfertigung gibt es für die exception culturelle, die „Kulturelle Ausnahme“, wie das französische Gesetz zum Schutz der einheimischen Kulturproduktion so bedeutungsschwer und selbstbeweihräuchernd genannt wird – und wer profitiert davon, wenn es um soziale Teilhabe, sowie um nationale und internationale Verbreitung geht?). Meine Antwort hinsichtlich unserer Reise oder irgendeiner Art öffentlicher Anfrage lautet ganz einfach: Es gilt das Prinzip der Gegenseitigkeit (in unserem Fall: über unseren Aufenthalt schreiben, und zwar, das muss betont werden, in völliger Freiheit). Geben und nehmen, oder, im neoliberalen Sprachgebrauch: win-win. Es handelt sich also im besten Sinne um Austausch und Arbeit zugleich, weshalb man nicht wirklich von einer Subvention sprechen kann. Staatsschriftsteller gibt es in unseren Demokratien nicht mehr. Sie wurden ersetzt durch Akteure, die den Staat akzeptieren und rechtfertigen, aber ohne sich unbedingt dafür zu aufzugeben.

    Auf deutscher Seite habe ich den Eindruck, dass Sprachförderung und internationale Ausstrahlung Schlüsselfragen sind, viel wichtiger, als es auf den ersten Blick scheint – und es nicht einfach nur um die „Pflege kultureller Beziehungen zum Ausland“ geht, wie es in der von dir erwähnten Selbstdarstellung des Auswärtigen Amts heißt. Die Deutschen wollen geliebt und gehört werden – es gibt zum Beispiel nicht genügend Übersetzungen vom Deutschen ins Französischen. Deutschland würde gerne sexyer sein. Das gelingt dem Land nach und nach. Du siehst, lieber Sascha, was den Erfolg einer „Kultur“ in Zeiten des „fortgeschrittenen kulturellen Kapitalismus“ (Luc Boltansky) ausmacht … Sexy sein oder nicht sein. La Sape, Klamotten schon wieder. Genau, unsere Rolle besteht darin, den Staat „anziehend“ zu machen!

    Die Wahrnehmung von Deutschland hat sich für meine Generation in gerade mal drei Jahrzehnten enorm verändert. Man kann von „Europa“ als politischer Konstruktion halten, was man will, aber das Projekt ist immer noch besser als sich als Nationalstaaten gegenseitig umzubringen … Europa ist ein Übersetzungsraum. Serbien, ob nun in oder außerhalb der europäischen Gemeinschaft im engeren Sinne, gehört voll und ganz dazu. Das Auswärtige Amt wendet für dieses Projekt einen Bruchteil seines Budgets auf und beauftragt Thorsten Dönges, einen deutschen und einen französischen Schriftsteller auszusuchen, die gemeinsam – bezahlt und im Tausch gegen das Verfassen eines Textes – ein Wochenende bei den Serben verbringen sollen … Man muss wirklich zur intellektuellen, „prekarisierten“ Mittelklasse gehören, um daraus ein existenzielles Problem zu machen. Was wir verdienen, entspricht dem, was ein IT-Berater in Paris in anderthalb Tagen (oder sogar weniger) berechnet. Jemand aus einem großbürgerlichen Milieu ohne finanzielle Sorgen würde diese Summe als Taschengeld verstehen und sich nicht weiter den Kopf darüber zerbrechen. Das gleiche gilt für einen „Schlepper“ an der nordafrikanischen Küste, der noch dazu weiß, dass er vielleicht ein paar Unglückliche in den Tod schickt. Ich mache Dir keinen Vorwurf, ich habe die gleichen Skrupel wie Du, sie sind aber weniger einem „schlechten Gewissen“ aufgrund meiner „Privilegien“ geschuldet, als vielmehr meinem Bedürfnis, meine Beziehung zu den staatlichen Institutionen zu definieren. Es gibt Armenprobleme, Reichenprobleme und Schriftstellerprobleme. Deine Befürchtungen bezüglich des „Extraordinäre(n), das man von mir als Gegenleistung (für ein Wochenende in Belgrad) erwartet“, lieber Sascha, machen das deutlich, und sie zeugen gleichermaßen von einem wunderbar-kindlichen Narzissmus wie vom moralischen Anspruch eines hellsichtigen Erwachsenen. Und noch einmal: Es geht mir nicht darum, mich von deinem Unwohlsein distanzieren, das mich schließlich auch als literarisches Subjekt ausmacht.

    Ich bin nicht naiv, was die Rolle und die Absichten staatlicher Kulturförderung angeht, die zwar oft hilfreich ist … aber eben genau so oft auf gefährliche Weise die emotionale Brisanz und die Kraft der Kunstproduktion mindert. Ich würde ganz einfach behaupten, aber das ist nichts Neues, dass Kunst nicht Kultur ist, und dass oft viel eher kulturelle Akteure als wirkliche Künstler unterstützt werden. Und wieder: Du stellst die ausgezeichnete Frage, „ob ein Land, das so viel für seine Künstler tut, eigentlich ein gutes Land für einen Künstler ist.“ Wir müssen die Idee des „infra“ wieder neu beleben: Viele Künstler bleiben unterhalb des Radars und tauchen auf, wenn man es nicht erwartet. Was die Ehrenhaftigkeit und Legitimität öffentlicher Förderung nicht infrage stellen soll, denn die ist für die Verbreitung von Kultur zuständig und dafür, dass die Bürger eines Landes sich zu aufgeklärten, kunstoffenen Subjekten entwickeln. Doch kaum ist der gesellschaftliche Zusammenhalt durch ein Werk bedroht, weil es eine potentiell aktivierbare Negativität enthält (also nichts mehr zu tun hat mit der so beruhigenden aktuellen Ideologie des care und feel good), tritt die Staatsräson sehr schnell wieder auf den Plan … Wie zuletzt, als Gallimard davon absah, die antisemitischen Pamphlete Celines zu veröffentlichen (worüber ich an dieser Stelle nicht diskutieren werde) – dem „wohlgemeinten“ Ratschlag des Kulturministerium folgend und als Reaktion auf die erhitzte öffentliche Debatte, die der Ankündigung der Veröffentlichung folgte.

    „Dass Deutschland weitaus mehr Geld für die Kultur als für neue Panzer ausgibt, ist eine gute Nachricht.“ Da kann ich Dir wohl kaum widersprechen, es sei denn, Kultur würde als soft power instrumentalisiert (was durchaus ein paar Panzer aufwiegt) … und vor allem darf sie kein auf sich selbst bezogener Überfluss sein, obszön und vergeblich. Auf eine Art waren es die Deutschen, die mich mit der Verleihung des Franz-Hessel-Preises 2014 in Frankreich institutionalisiert haben. Dieser Preis ist, seien wir ehrlich, nicht wirklich bekannt, aber er wurde auch bereits etablierten Autoren verliehen (wie zum Beispiel Eric Vuillard, der gerade den Goncourt für L’Ordre du jour[2] erhalten hat, einer Geschichtsparodie, in der die Wehrmacht beim Einmarsch in Österreich ein Bild voller (Panzer-)Pannen abgibt)). Das Ungewohnte und Befremdliche dieser Auszeichnung erreichte für mich seinen Höhepunkt bei der Preisverleihung im Kulturministerium in Paris, in Anwesenheit der Kulturminister unserer beiden Länder … und einiger Sapeurs, die ich eingeladen hatte. Einer von ihnen, le Bachelor, der im frankophonen Afrika eine Berühmtheit ist, hat mir auf entwaffnende Weise gestanden: „Frédéric, ich war noch nie im kongolesischen Kulturministerium, aber dank dir war ich im Kulturministerium in Paris.“ Wer wäre da nicht berührt von dieser Dialektik der Anerkennung und Randständigkeit („infra“, wenn man so will).

    Ich habe immer gerne mit Deutschen zusammengearbeitet – sie halten, was sie versprechen, und sie sind großzügig, jedenfalls niemals knauserig.  Letztlich, finde ich, stehen Schriftsteller in Deutschland besser da als in Frankreich, wo alle von der Kultur leben, außer natürlich die Schriftsteller selbst. Wir geben der Nation unser Prestige umsonst.

    Lieber Sascha, ich weiß, dass Du besorgt bist (wie der Anti-Held meines neuen Buches, ein Literaturkritiker mit dem es beruflich abwärts geht und der Sorge heißt …) und grüße dich herzlich aus dem Le Prado, einem noch halbwegs populären Café im Zentrum von Paris (heute höre ich hier übrigens osteuropäische Sprachen, ohne sie wirklich auseinanderhalten zu können). Ich würde mich freuen, wenn wir uns alle sehr bald wieder einmal treffen könnten. Und warum nicht in Belgrad, und wiederum Dank der Großzügigkeit des Auswärtigen Amtes? Es wäre wie ein köstliches, kulturelles Infra-Ereignis, nur für uns: Belgrad II, die Rückkehr (starring Sacha Reh, Frédéric Ciriez, Thorsten Dönges und die wunderbare Bojana Denić). Die Serben sind ihrerseits willkommen in Paris, das habe ich schon Bojana gesagt, deren Vorname sich auf Rakija reimt – am Anfang des Essens maßvoll zu genießen; will man seine Ängste vergessen, hilft jedoch immer ein Schluck.

    Herzliche Grüße,

    Frédéric

    Postskriptum der letzten Sekunde: Ich frage meine zwei Tischnachbarn im Prado, keine Touristen, sondern ausländische Arbeiter, welche Sprache sie sprechen: serbisch! Der eine ist aus Belgrad, der andere vom Land. Viele Serben arbeiten in Paris und Umgebung in der Textilindustrie und auf dem Bau. Ja, sie sprechen serbisch … Lieber Sascha, wir haben gewonnen. (Nur, was? Und für wen? etc.)

    [1] siehe Erläuterung in der deutschen Übersetzung des Briefes vom 28.12.2017 (Anmerkung der Übersetzerin)
    [2] Dt.: Die Tagesordnung; erscheint 2018 bei Matthes & Seitz in der Übersetzung von Nicola Denis (Anm. d. Übersetz.)

     

    Die Briefe von Sascha Reh übersetzte Stéphanie Lux ins Französische, die Briefe von Frédéric Ciriez übertug Odile Kennel ins Deutsche.

Portrait Frédéric Ciriez: © Frédéric Ciriez, Portrait Sascha Reh: © Frank Kurczyk
Übersetzung FR -> DE: Odile Kennel, Traduction DE -> FR: Stéphanie Lux