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Barcelone

Pierre Ducrozet et Hannes Köhler ont voyagé à Barcelone en mai 2018.
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  • Dans l’ICE pour Berlin, juste avant Francfort

    Cher Pierre,

    Je viens de regarder le match France-Australie (félicitations ! Et j’espère que la France va encore mieux jouer au fil du tournoi…), c’est la Coupe du monde, tout le reste semble relégué au second plan. Pourtant, il se passe tant de choses dans le monde, en politique, en littérature, que mon regard sur ce spectacle, cette mise en scène d’une grande entente entre les peuples, est encore plus troublé qu’à l’ordinaire. Il y a déjà plus d’un mois que nous nous sommes retrouvés à Barcelone pour explorer la ville ensemble ; une exploration, dans notre cas, bien différente de la plupart des autres voyages qui ont lieu dans le cadre d’Allons Enfants.

    Tu vis à Barcelone depuis plusieurs années déjà, et comme ma compagne est originaire de cette ville, elle est, en dehors de Berlin, celle où j’ai sans doute passé le plus d’heures depuis huit ans. C’est une sorte de seconde Heimat pour nous, je suppose – peut-être même la première pour toi ? Voilà qu’apparaît ce mot, cet étrange mot allemand de Heimat, apparemment sans équivalent dans de nombreuses langues ; je me demande quel mot français s’en rapproche le plus, ce n’est pas vraiment patrie. Terre natale, peut-être ? Ce qui est beau dans le mot allemand Heimat, c’est qu’il ne se réduit pas à un lieu de naissance, à un pays, ça peut être un endroit où on sent qu’on a trouvé sa place, mais aussi un groupe de gens, ou même une seule personne. Du moins, c’est ainsi que je comprends ce mot. Du bist meine Heimat, tu es ma Heimat. Une bien belle phrase.

    Mais c’est également un mot très présent aujourd’hui en Allemagne, dans ce combat des mots que nous menons actuellement. L’Allemagne a désormais un Heimatminister, titre éminemment ridicule au premier abord, mais qui en dit long sur la manière dont notre langue est dominée par les discours de droite depuis quelques mois. Ce Heimatminister et d’autres figures importantes de son parti (old white men, of course!), viennent donc de décider de refouler les groupes de réfugiés à la frontière, même si – tous les experts en droit constitutionnel semblent d’accord sur ce point – cela contrevient au droit européen, et à la charte européenne des droits de l’Homme. Mais il semble que cela fait longtemps qu’on ne se préoccupe plus de l’Europe ni du droit européen dans certains cercles du monde politique allemand. La Heimat passe avant tout, et un seul Volk, peuple, le sien.

    Volk, encore un de ces mots. Nous avons évoqué ensemble ce concept qui est également dans toutes les bouches en ce moment à Barcelone, qui détermine la politique. El poble català, qui n’est peut-être pas un concept problématique en soi, même si, je dois l’avouer, je ressens toujours un certain malaise lorsqu’on parle de deutsches Volk, de peuple allemand, et de peuples d’une manière générale comme s’il s’agissait de quelque chose de défini, de figé. Le dictionnaire numérique de la langue allemande m’apprend que ce concept vient de l’ancien allemand folc, qui désignait l’« armée », avant de simplement signifier « beaucoup » à partir du VIIIème siècle. Étrange éventail sémantique, entre insignifiance et agressivité. Je parlais récemment avec un copain basque qui me disait combien il était agacé et trouvait dangereux que le concept soit de nouveau utilisé dans son sens biologique, comme si le Volk était une entité ayant grandi naturellement, comme un arbre, une jambe, et non une construction destinée à désigner un certain groupe de gens, qui repose évidemment sur certaines réalités, certaines lignes historiques, mais qui n’est finalement toujours qu’une élaboration.

    En lisant ton roman, L’Invention des Corps je supposais déjà une certaine parenté dans notre manière de penser la question de l’appartenance à tels ou tels groupes, notre manière de voir ces groupes, fermés ou mouvants, en particulier à leurs marges. L’Europe, ce concept apparemment difficile à remplir ces jours-ci, qui ne parvient plus à stimuler l’éloquence et l’énergie des politiques, dans mon pays du moins, est pour moi le lieu, la chose, la pensée dans laquelle je voudrais me sentir heimisch, chez moi, ou plutôt non, dans laquelle je me sens chez moi. Et partout ces voix qui expriment leur aversion pour ce que l’Europe représente à leurs yeux : ouverture, libéralité, solidarité avec ceux qui viennent demander de l’aide à ses frontières. L’Europe en tant que construction politique est bien loin de cette dernière idée, nous le savons depuis Frontex, mais depuis un moment, nous en avons la démonstration particulièrement claire.

    Ce qui manque dans tout cela, c’est une vraie politique de gauche, nous l’avons évoqué aussi, la défaillance des gauches classiques, leur quasi-dissolution en France. Et en Allemagne : un morcellement ancien, constant, aux origines antérieures mais qui a connu un premier point culminant en 1918, puis en 1933, lorsque le principal ennemi était l’autre gauche, et non le NSDAP, puis la division de l’Allemagne. Ici donc : défaillance, silence aussi, conflits internes, si bien que le candidat à la Chancellerie que je tenais pour un Européen convaincu, énergique, a fini par se dégonfler comme un ballon qu’on lâche en ayant oublié de faire un nœud.

    J’envie la France, dont le président (peu importe ce que l’on pense de lui par ailleurs) se bat pour l’Europe, et semble voir clairement ce dont je suis moi-même convaincu aujourd’hui : sans des réformes de fond, sans une nouvelle structure, une union politique plus profonde, cette Europe va s’effondrer, peut-être pas dans cinq ans, ni dans dix, mais bientôt. Partir du principe que l’union économique mènerait logiquement à l’union politique s’avère être l’une des plus graves erreurs d’appréciation de l’après-guerre.

    Un changement, donc, un nouveau départ, peut-être, avec les quelques États qui restent, qui sont encore prêts à essayer. Mais l’Allemagne, cette nouvelle Allemagne, dont le discours politique est de plus en plus à droite, se détourne, tourne le dos. Elle évite toute concession, toute européanisation qui pourrait être comprise comme une action contre son propre Volk.  Par lâcheté sans doute, mais peut-être aussi parce que la conviction qu’il faut d’abord penser à soi a vraiment gagné du terrain.

    Et nous ? Nous avons passé quelques jours ensemble à Barcelone, échangeant en français, en espagnol, en allemand, nous avons discuté avec des auteur.e.s catalan.e.s, des journalistes, des artistes. La séparation, la rupture qui se profile à l’horizon semblait alors impensable, tellement loin de nos vies, qui sont si imprégnées de ces pays, de ces villes – Barcelone, Berlin, Lyon, Paris, Toulouse – et des gens qui y vivent. Est-ce que cela veut dire que nos vies n’ont rien à voir avec la réalité de la majorité des gens ? Sommes-nous naïfs ? Ou est-ce que les vociférations de la droite expliquent que la politique s’est éloignée de ce qui constitue la vie de la majorité de ses citoyens, sauf que cette vie, contrairement à ce que cette droite veut nous faire croire, n’est pas nationale, identitaire, mais au contraire basée sur les échanges quotidiens, ouverte, libre ? Et si c’est le cas : quand cette langue nationaliste, qui met le Volk au premier plan, aura-t-elle influencé notre réalité au point que celle-ci s’y adaptera ?

    Et surtout : que pouvons-nous faire, nous autres auteur.e.s, à notre bureau, dans les cercles de gens qui ont les mêmes opinions que nous ? Écrire des livres européens ? Ne le faisons-nous pas depuis longtemps ? Parfois, j’ai l’espoir que le pendule va repartir dans l’autre direction, que cette phase de backlash ne sera bel et bien qu’une phase, et que ceux qui voient avant tout  nos points communs, qui sont pour une Europe forte, finiront par s’imposer, unis et déterminés. Car une partie de moi ne peut pas imaginer autre chose. L’autre observe l’évolution politique avec une appréhension croissante. Peut-être pourras-tu – je l’espère – lui redonner courage !

    ICE nach Berlin, kurz vor Frankfurt

    Lieber Pierre,

    gerade habe ich die Partie Frankreich gegen Australien geschaut (Glückwunsch! Und ich hoffe, Frankreich wird noch besser im Laufe des Turniers …), es ist Weltmeisterschaft, alles andere scheint in den Hintergrund zu rücken. Und trotzdem passieren so viele Dinge in der Welt, in der Politik, der Literatur, dass mein Blick auf dieses Spektakel, das sich ja immer als eine große Völkerverständigung inszeniert, deutlich stärker getrübt ist als gewöhnlich. Über einen Monat ist es jetzt her, dass wir in Barcelona waren, um die Stadt gemeinsam zu erkunden, wobei dieses Erkunden natürlich ein ganz anderes war, als in vielen anderen Fällen von Allons Enfants.

    Du lebst in Barcelona, seit Jahren schon, und da meine Freundin auch von dort kommt, ist es die Stadt außerhalb Berlins, in der ich in den letzten acht Jahren vermutlich die meisten Stunden verbracht habe. Es ist für uns beide eine Art zweite Heimat, vermute ich – oder für Dich vielleicht sogar die erste? Und da taucht dieses Wort auf, dieses sonderbar deutsche Heimat, für das es in vielen Sprachen offenbar keine Entsprechung gibt, ich überlege, was ihm im Französischen am nächsten kommt, patrie ist es nicht, terre natale vielleicht? Wobei am deutschen Heimat ja eigentlich schön ist, dass es per se nicht mit dem Geburtstort, nicht einem Land identisch sein muss, es kann ein Platz sein, an dem man sich angekommen fühlt, aber auch ein Gruppe Menschen, ein einzelner Mensch. Zumindest in meinem Verständnis. Du bist meine Heimat. Ein schöner Satz.

    Aber ein Wort eben auch, dass in Deutschland, in diesem Kampf der Wörter, in dem wir uns gerade befinden, sehr im Mittelpunkt steht. Einen Heimatminister hat Deutschland jetzt, ein Titel, der so albern wirkt auf den ersten Blick, und doch so viel aussagt darüber, wie unsere Sprache in den letzten Monaten von den Rechten dominiert wird, wie sie es schaffen den Diskurs in ihre Richtung zu rücken. Dieser Heimatminister und andere Spitzen seiner Partei (old white men, of course!), haben nun also beschlossen, dass man Geflüchtete in Gruppen an der Deutschen Außengrenze abweisen soll, obwohl man damit, da scheinen alle Verfassungsexperten einig, gegen europäisches Recht verstoßen würde, gegen die europäische Charta der Menschenrechte. Aber, so scheint es, Europa und europäisches Recht ist längst nichts mehr, um das man sich kümmert in bestimmten Kreisen der deutschen Politik. Die Heimat steht über allem, das eine, eigene Volk.

    Und überhaupt: Volk. Wir haben uns unterhalten über diesen Begriff, der ja auch in Barcelona momentan in aller Munde ist, der die Politik bestimmt. El poble català, vielleicht an sich noch kein problematischer Begriff, auch wenn ich gestehen muss, dass mir immer unwohl ist, wenn jemand vom deutschen Volk spricht, von Völkern allgemein, als etwas Gesetztes, festes. Im Digitalen Wörterbuch der Deutschen Sprache lese ich, der Begriff entstamme dem Altdeutschen folc, was Kriegsschar bedeute, später im 8. Jahrhundert aber nur ‚viele‘ bezeichnete. Ein sonderbares Bedeutungsspektrum, zwischen großer Harmlosigkeit und größter Aggressivität. Neulich erst unterhielt ich mich mit einem baskischen Bekannten, der mir sagte, wie sehr es ihn ärgere und als wie gefährlich er einschätze, dass der Begriff wieder biologisch verwendet werde, so, als sei Volk etwas natürlich gewachsenes wie ein Baum, wie ein Bein, und nicht ein künstliches Konstrukt, um eine gewisse Gruppe Menschen zu bezeichnen, ein Konstrukt, das natürlich auf bestimmten Gegebenheiten beruht, auf historischen Verbindungslinien, aber am Ende doch immer eine Setzung ist.

    Beim Lesen deines Romans L’Invention des Corps hatte ich bereits vermutet, dass wir eine gewisse Verwandtschaft haben in unserem Denken, was die Frage nach den Zugehörigkeiten zu dieser oder jener Gruppe angeht, die Frage danach, wie fest oder weich wir diese Gruppen sehen oder sehen wollen, besonders deren Ränder. Europa, dieses Wort, das offenbar so viel schwieriger zu füllen ist, das so viel weniger Verve und Energie freisetzt bei den Politikern, zumindest in meinem Land, ist für mich der Ort, das Gebilde, der Gedanke, in dem ich mich gerne heimisch fühlen möchte, oder nein: in dem ich mich heimisch fühle. Und überall diese Stimmen, die ihre Abneigung aussprechen für das, wofür Europa in ihren Augen steht: Offenheit, Liberalität, auch Solidarität mit jenen, die an seine Grenzen kommen und Hilfe brauchen. Dass Europa als politisches Konstrukt selbst von letzterer Idee weit entfernt ist, wissen wir schon seit Frontex, aber trotzdem wird es uns in diesen Tagen noch einmal deutlich vor Augen geführt.

    Und was in all dem fehlt: Linke Politik, auch darüber haben wir uns unterhalten, über die Schwäche der klassischen Linken, in Frankreich beinahe ihre Auflösung. Und in Deutschland: die ständige, uralte Zersplitterung, begründet schon früher, aber doch erstmals kulminiert 1918, später 1933, als der Hauptfeind die jeweils andere Linke war, nicht die NSDAP, natürlich die deutsche Teilung. Hier also: Schwäche, Stille auch, innere Konflikte, sodass selbst ein Kanzlerkandidat, den ich für einen energischen und überzeugten Europäer hielt, am Ende wie ein Luftballon abschmierte, den man losließ ohne ihn zugeknotet zu haben.

    Immerhin, darum beneide ich Frankreich, gibt es dort einen Präsidenten (was auch immer man sonst von ihm halten mag), der für Europa kämpft, der in aller Klarheit zu sehen scheint, wovon auch ich mittlerweile überzeugt bin: Ohne ganz grundlegende Reformen, ohne eine neue Struktur, eine tiefere politische Union, wird dieses Europa zerbrechen, vielleicht nicht in fünf, vielleicht nicht in zehn Jahren, aber doch bald. Dieser Glaube, aus der wirtschaftlichen werde die politische Union fast folgerichtig erwachsen, erweist sich als eine der gravierendsten Fehleinschätzungen der Nachkriegsgeschichte.

    Ein Wandel also, ein Neustart vielleicht, mit jenen wenigen Staaten, die noch geblieben sind, die noch bereits dazu sind. Aber Deutschland, dieses neue, in seinen politischen Diskursen so weit nach rechts gerückte Deutschland, wendet sich ab, dreht den Rücken zu. Jede Konzession, jede Europäisierung, die als eine Handlung gegen das eigene Volk verstanden werden könnte, wird vermieden. Vielleicht ist das Feigheit, vielleicht ist aber längst die Überzeugung gewachsen, dass sich am Ende vielleicht doch wieder jeder selbst der nächste ist.

    Und wir? Saßen zusammen in Barcelona, tauschten uns aus, auf Französisch, Spanisch, Deutsch, diskutierten mit katalanischen Autorinnen, mit Journalistinnen, Künstlerinnen und Künstlern. Und die Trennung, der Bruch, der am Horizont heraufzieht, schien in diesen Tagen undenkbar, weil er so wenig mit unserem Leben zu tun hatte, das so sehr geprägt ist von all diesen Ländern, von all diesen Städten –  Barcelona, Berlin, Lyon, Paris, Toulouse – und von den Ländern, von den Menschen darin. Heißt das im Umkehrschluss, dass unser Leben also so wenig mit der Realität der Mehrheit der Menschen zu tun hat? Sind wir zu blauäugig gewesen? Oder hat das laute Schreien der Rechten dazu geführt, dass sich die Politik so weit von all dem entfernt hat, was eigentlich das Leben der Mehrheit seiner Bürger ist, nur das dieses Leben, nicht wie die Rechten glauben machen, eigentlich nationaler ist, identitärer, sondern ganz im Gegenteil: offener, freier, viel mehr auf dem täglichen Austausch basiert. Und wenn es so sein sollte: wann wird die nationalisierte, die vervölkischte Sprache unsere Realität soweit beeinflusst haben, dass sie sich ihr anpasst?

    Und vor allem: was können wir tun, wir Schriftsteller, in unseren Kämmerlein, in unseren Gruppen von Gleichgesinnten? Europäische Bücher schreiben? Oder schreiben wir diese Bücher nicht schon längst? Manchmal habe ich Hoffnung, dass das Pendel wieder in die andere Richtung ausschlagen wird, dass diese Phase des Backlash eben nur das bleibt, eine Phase, an deren Ende sich diejenigen, die für die Gemeinsamkeit einstehen, für ein starkes Europa, geeint und mit aller Kraft und Überzeugung durchsetzen werden. Denn ein Teil von mir, kann sich gar nichts anderes vorstellen. Der andere Teil aber beobachtet die politische Entwicklung und ihm wird zunehmend Angst und Bange. Vielleicht aber, so die Hoffnung, kannst du ihm Mut machen!

    Es umarmt Dich, Dein Hannes

  • Mein lieber Hannes,

    ein großes Dankeschön für Deinen Brief. Es gibt eine Menge darin, das mich zum Nachdenken bringt und das ich hier aufgreifen möchte.

    Allem voran, ja, es gab eine Art europäische Selbstverständlichkeit, Natürlichkeit, dort in Barcelona zu sein, ein deutscher Schriftsteller und ein französischer Schriftsteller, von einem Berliner Literaturhaus zusammengebracht, die auf Französisch, Deutsch, Spanisch reden und sich in Katalonien zu Hause fühlen. Eine Selbstverständlichkeit für uns, diese Lebensweise ohne Grenzen, die alles andere als selbstverständlich ist für diejenigen, die überall auf Mauern und Grenzen treffen, und für diejenigen, die neue errichten wollen. Unsere Gespräche, die mir naheliegend erschienen, über eben dieses Europa, in dem wir aufgewachsen sind, diesen Raum, den wir natürlich bewohnen, während wir in der einen oder der anderen Stadt leben, ständig unterwegs sind und uns gar keine Fragen über irgendwelche Grenzen stellen, dieser Raum schien problematisch zu sein für einige der Barceloner, die gekommen waren, uns zuzuhören, die offensichtlich sehr enttäuscht waren von der Haltung der Europäischen Union während der Katalonien-Krise im Herbst 2017.

    Und das alles hängt mit der Frage der Semantik zusammen, die Du richtigerweise aufwirfst, und mit diesem erhabenen Wort der Heimat. Wie Du sagst, gibt es keine Entsprechung dieses Wortes, weder im Französischen noch im Spanischen, ganz einfach, weil dieses Wort einzigartig ist, genau wie die portugiesische saudade. Heimat gehört einem Regime der Sanftheit, der Gastfreundschaft an, eine seltene Delikatesse. Es ist so weit entfernt von der erstickenden und aggressiven patrie, es wäre eher eine Art chez soi, ein Zuhause, oder vielmehr ein sich zu Hause fühlen, aber neben Heimat sind diese Begriffe sehr wackelig und schwach (und das wunderbare Heimweh, das daraus resultiert, dieses schmerzhafte Vermissen, nicht des Landes, sondern seines Landes, das mich bewegt, und das ich manchmal in dieser Sprache fühle, auf Deutsch, weil man das eben nur in dieser Sprache denken kann, die nebenbei auch die meiner Mutter ist, und welches für mich daher perfekt zum mal du pays, dem Vermissen des Landes passt, das vielleicht auch immer das der eigenen Mutter ist).

    Diese Heimat ist vielleicht die Bewegung, die wir annehmen sollten: Schlüpfe in die Szenerie, bleibe dort, wenn sich eine Übereinstimmung ergibt, ziehe weiter, wenn dies nicht passiert. Auf den Geist der Orte hören, auf den Empfang, den sie uns bereiten, oder eben nicht, auf unsere Fähigkeit, mit ihnen zu verschmelzen.

    Genau das ist mir in Barcelona passiert: Ich habe meine Heimat hier gefunden, vielleicht sogar mehr als ein ‚zu Hause‘. Ich fühle mich hier besser als anderswo, besser als in Frankreich, in Österreich oder in Deutschland, obwohl ich zu Spanien eigentlich keinen Bezug habe. Spanien ist meine Wahlheimat, der Ort, der mich mir selbst offenbart hat, der Ort, an dem mich menschliche Wärme, Leidenschaft und Zärtlichkeit, Macht und Gastfreundschaft begrüßt, bewegt und erobert haben. Ich bin hier zu Hause. In eben dieser Stadt, die ständig mit ihren Identitätsproblemen ringt, im Spannungsverhältnis mit dem Rest von Spanien steht, die weiß, wer sie ist und es nicht weiß, die großzügig ist und manchmal zurückgezogen auf sich selbst, tja, eben diese Stadt begrüßte mich mit offenen Armen, wie sie es für Millionen von Menschen aus der ganzen Welt tat.

    Das Problem, das wir in Katalonien im Moment haben, ist das gleiche wie in Europa: Wir denken, dass Dinge und Wesen zirkulieren, aber dem ist nicht so. Wir sind (und ich schließe darin meine Frau, Julieta, die vor 15 Jahren aus Argentinien kam, sowie all die Millionen von Menschen aus fünf Kontinenten ein) die Enttäuschten der Europäischen Union, an die wir glaubten und immer noch glauben, die ein Kontinent des Willkommens, der Kultur, des politischen Aufschwungs verkörpern sollte, ein aufregender Ort, um sich frei zu bewegen und sich die Zukunft vorzustellen, ein Kontinent des Friedens und der Utopie, und die nun dabei ist, genau das Gegenteil zu werden. Aber unsere Aufgabe besteht vielleicht darin, diese Enttäuschung zu überwinden und mehr Europa, mehr Utopie, mehr Frieden angesichts all der schrecklichen Euroskeptiker zu fordern.

    „Was kann Literatur und Kunst in all dem bewirken?“, fragst Du in Deinem Brief.
    Ich denke, sie kann viel bewirken, weil sie dort ist, wo sie gebraucht wird. Sie kann die Erzählung und Vorstellungswelt Europas verändern, die Art, wie wir darüber denken, es uns vorstellen und begreifen. Menschen funktionieren durch Fiktion; alles ist Fiktion: Recht, Freiheit, die Grundprinzipien einer Gesellschaft; und die großen Herausforderungen, denen wir gegenüberstehen, brauchen große Erzählungen, um ihren Kurs zu ändern: Globale Erwärmung, Migration, Hyperkapitalismus, nationalistische Isolierung, all diese Herausforderungen, Gefahren oder Debatten erfordern Veränderungen der Narration, um anders geschrieben und gedacht werden zu können. Ich denke, Literatur kann all dies erdenken, unsere Beziehung zur Erde, die völlig neu erfunden werden sollte, ich denke, dass Utopie aus Erzählungen entsteht – wenn wir all das den Politikern überlassen, sind wir aufgeschmissen.

    Genau dieser Linken, von der Du sprichst, dieser Linken fehlt es völlig an Erzählungen. Sie hat keine Fiktion mehr, um voranzukommen, keine großen Auftritte, keine Erzählimpulse, und so kommt sie nicht voran. Die Rechte hingegen baut sich Erzählungen auf: der „große Ersatz“, die entrissenen Gebiete, die verachtenswerte „Globalisierung“, all das sind starke fiktionale Antriebe – ganz zweifellos zu Unrecht. Die Linke muss Erzählungen entwickeln.

    Und ihre größte Herausforderung besteht darin, die Register, die Töne, umzukehren. Das lexikalische Feld der Angst, der Resignation, der Gefahr darf nicht mehr vorherrschen wenn wir über Migration, Klimawandel, Globalisierung sprechen, sondern jenes der Herausforderung, des Aufschwungs, der gemeinsamen Bewegung. Die Beziehung zur Erde (die mich momentan beschäftigt) leidet weitgehend unter diesem semantischen Problem, sowie unter einem eklatanten Mangel an Vorstellungskraft, die aufgebaut werden muss. Warum haben wir so lange gewartet, um zu reagieren? Warum schaffen wir es nicht zu handeln? Weil wir uns nicht vorstellen können, was passiert. Weil wir es nicht sehen. Der Mensch ist so, er muss die Dinge visualisieren, um in Aktion zu treten.

    Lieber Hannes, ich bin vielleicht in andere Richtungen gegangen, aber so ist es ja auch mit Gesprächen.

    Ich finde es schön, dass „Allons Enfants“ uns dazu bringt, nach diesen schönen Tagen in Barcelona, den noch kommenden in Berlin, über all das zusammen nachzudenken; sich diese gemeinsamen Gebiete, geographischer und literarischer Natur, vorzustellen, diese fiktionalen und realen Räume, in denen wir gerne leben würden und von denen uns politische Belanglosigkeiten oft fernhalten.

    Ich freue mich darauf, Deine Antwort zu lesen, lieber Freund,

    Pierre

    Mon cher Hannes,

    Un grand merci pour ta lettre. Il y a plein de choses là-dedans, qui me donnent à penser et me feront rebondir ici.

    Tout d’abord oui, il y avait une sorte d’évidence, de limpidité européenne à être là, à Barcelone, un écrivain allemand et un écrivain français, réunis par un organisme littéraire berlinois, parlant en français, en allemand, en espagnol, et nous trouvant chez nous en Catalogne. Une évidence pour nous, une manière de vivre sans frontières qui est loin d’être évidente pour ceux qui rencontrent partout des murs et des frontières, et pour ceux qui voudraient en bâtir de nouvelles. Nos propos, qui me semblaient couler de source, sur cette même Europe dans laquelle nous avons grandi, cet espace que nous habitons naturellement, vivant dans une ville ou l’autre, voyageant sans cesse et sans même se poser la question d’une quelconque frontière, cet espace-là semblait problématique pour certains des Barcelonais venus nous écouter, très déçus visiblement par l’attitude de l’Union Européenne pendant la crise catalane de l’automne 2017.

    Et tout cela est lié à la sémantique, que tu soulèves avec justesse, et à ce sublime mot de Heimat. Comme tu le dis, il n’y a pas d’équivalent de ce mot en français, ni en espagnol, tout simplement parce que ce mot est unique, tout comme le saudade portugais. Heimat s’inscrit dans un régime de douceur, d’accueil, d’une délicatesse rare. C’est si loin de la patrie étouffante et agressive, ce serait plutôt une sorte de « chez soi », de « maison », ou plutôt « se sentir à la maison », mais qui sont bien bancals et faibles à côté de Heimat (et le merveilleux Heimweh qui en découle, ce mal, non pas du pays, mais de son pays, qui m’émeut, et que je sens parfois dans cette langue, en allemand, parce qu’on ne peut le penser que dans cette langue, qui est par ailleurs celle de ma mère, et donc colle parfaitement pour moi au mal du pays, qui est peut-être toujours celui de sa propre mère).

    Ce Heimat, c’est peut-être le mouvement que nous devrions adopter : glisser sur les lieux, y rester si la coïncidence se fait, en repartir si elle ne se fait pas. Etre à l’écoute de l’esprit des lieux, de l’accueil qu’ils nous font, ou pas, de notre capacité à nous y fondre.

    C’est ce qui m’est arrivé ici, à Barcelone : j’ai trouvé mon Heimat ici, encore plus que « chez moi » peut-être. Je me sens mieux ici que nulle part ailleurs, mieux qu’en France, en Autriche ou en Allemagne, alors que je n’ai aucun lien a priori avec l’Espagne. L’Espagne est mon lieu d’élection, celui qui m’a révélé à moi-même, celui où la chaleur humaine, l’ardeur et la tendresse, la puissance et l’hospitalité m’ont accueilli, ému, conquis. Je suis ici chez moi. Dans cette même ville sans cesse en prise avec ses problèmes identitaires, en tension avec le reste de l’Espagne, qui sait qui elle est et ne le sait pas, qui est généreuse et parfois repliée sur elle-même, eh bien cette même ville m’a accueilli à bras ouverts comme elle l’a fait de millions de personnes venues du monde entier.

    Le problème que l’on connaît en Catalogne en ce moment est le même qu’en Europe : nous pensons que les choses et les êtres circulent, or il n’en est rien. Nous sommes (et j’inclus là-dedans ma femme, Julieta, venue d’Argentine il y a 15 ans, ainsi que tous les millions de personnes venues des cinq continents) les déçus de l’Union Européenne, dans laquelle on croyait et croit toujours, qui était censée incarner une terre d’accueil, de culture, d’élan politique, un cadre excitant dans lequel se mouvoir et imaginer le futur, une terre de paix et d’utopie, et qui est en train de devenir tout le contraire. Or notre tâche est peut-être de surmonter cette déception et de demander plus d’Europe, plus d’utopie, plus de paix, devant tous les affreux eurosceptiques.

    Que peut la littérature et l’art dans tout cela ? te demandes-tu dans ta lettre.

    Je crois qu’elle peut faire beaucoup, parce qu’elle se situe là où il faut. Elle peut changer le récit sur l’Europe, son imaginaire, la façon que nous avons de la penser, de l’imaginer, de la concevoir. Les hommes marchent à la fiction ; tout l’est, le droit, la liberté, les principes fondamentaux d’une société sont tous des fictions ; et les grands défis que nous affrontons ont besoin de grands récits pour infléchir leur cours : le réchauffement climatique, les migrations, l’hyper-capitalisme, les replis nationalistes, tous ces défis, dangers ou débats nécessitent des changements de narration afin d’être écrits et pensés d’une autre façon. Je crois que la littérature peut penser tout ça, peut penser notre rapport à la Terre, qui est à réinventer entièrement, que l’utopie naît de récits – si on laisse tout ça aux hommes politiques, on est foutus.

    La gauche, justement, dont tu parles, la gauche est en manque complet de récits. Elle n’a plus de fiction vers laquelle avancer, pas de grand soir, pas d’élans narratifs, et donc elle n’avance pas. La droite, elle, avance vers des récits : le « grand remplacement », les territoires arrachés, la « globalisation » honnie, tout cela ce sont des moteurs fictionnels forts – à tort sans doute. La gauche doit construire des récits.

    Et son principal défi est d’inverser les registres, les tonalités. Ce n’est plus le champ lexical de la peur, de la résignation, du danger qui doivent régner lorsque l’on évoque les migrations, le changement climatique, la globalisation, mais bien celui du défi à relever, de l’élan, du mouvement commun. Le rapport à la Terre (qui m’occupe en ce moment) souffre largement de ce problème sémantique, ainsi que d’un manque flagrant d’imaginaire, qui reste à construire. Pourquoi a-t-on tant tardé à réagir ? Pourquoi ne parvient-on pas à agir ? Parce qu’on ne peut pas imaginer ce qui arrive. Parce qu’on ne le voit pas. L’homme est ainsi, il lui faut visualiser les choses pour entrer en action.

    Cher Hannes, je suis reparti peut-être dans d’autres directions, mais c’est ce à quoi nous mènent les conversations.

    Je trouve ça beau que ce Allons Enfants nous mène à réfléchir à tout cela ensemble, après ces belles journées passées à Barcelone, celles à venir à Berlin ; imaginer ces territoires communs, géographiques et littéraires, ces espaces fictifs et réels dans lesquels nous aimerions vivre, et desquels les contingences politiques souvent nous éloignent.

    Au plaisir de te lire, cher ami,

    Pierre

Portraits Pierre Ducrozet und Hannes Köhler: © Israel Fernandez
Übersetzung FR → DE: Paula Rauhut, Traduction DE → FR: Stéphanie Lux